Notes on the Provincial Election (1960)

Category:  Resource Materials
SourceCité Libre, Volume 11, Numéro 28, Juin-Juillet 1960, p. 12


Notes on the provincial election,
Pierre-Elliott Trudeau

Cité Libre, Volume 11, Number 28, June-July 1960, p. 12

Notes sur l’élection provinciale,
Pierre-Elliott Trudeau

Cité Libre, Volume 11, Numéro 28, Juin-Juillet 1960, p. 12

[Emphases are added.]

Original

Translation

Notes sur l’élection
provinciale

Notes on the provincial
election

NOUS n’avons jamais, à Cité Libre, donné dans les “directives” à la veille des élections. Nous discutions de politique à longueur d’année et, tant que l’Union Nationale était au pouvoir, il eut été superflu d’avertir nos lecteurs que nous allions voter pour l’opposition. Cette fois encore, nous n’aurons pas à rompre la tradition!

WE have never, at Cité Libre, given “directives” on the eve of elections. We discussed policy all year long and, as long as the Union Nationale was in power, it had been superfluous to inform our readers that we were going to vote for the opposition. This time again, we will not have to break with tradition!

J’éprouve toutefois, quant à moi, un léger besoin d’“expliquer mon vote”, comme disent ces messieurs du Parlement. Ces dernières années, j’ai — à plusieurs reprises et publiquement — analysé les données du problème politique, et je ne crois pas devoir me défiler au moment où ce problème exige une solution électorale.

I for one, however, am experiencing a bit of a need “to explain my vote”, as these gentlemen of Parliament say. In recent years — on several occasions and publicly — I analyzed the facts of the political case, and I do not feel obliged to parade myself at a time when this problem requires an electoral solution.

Je n’avais pas cru, après l’élection de 1956, que la conjoncture électorale de 1960 serait aussi sim­ple qu’elle l’est. D’abord il y avait le Rassemble­ment qui, par l’éducation et l’action, se proposait d’élargir et d’alimenter la gauche démocratique. Puis il y eut l’Action civique qui, après la défaite de M. Drapeau à la mairie en 1957, s’or­ga­ni­sait impla­ca­blea­ment eu vue des élection[s] provinciales. Ensuite, en juillet 1958, le P.S.D. national réso­lut de s’inféoder à un nouveau “mouvement po­litique populaire ayant une base très large”. Peu après (automne 1958), les partisans du Crédit so­cial étaient conviés à se regrouper dans un vaste Ralliement créditiste. À travers tout cela et d’an­née en année, la Fédération libérale provinciale imposait avec de plus en plus de fermeté et de succès ses cadres démocratiques au vétusté trou­peau libéral. Et enfin, il y a un an, le manifeste des vingt-et-un invitait les hommes de bonne vo­lonté à réaliser un désir assez répandu chez nous: unir toutes les forces véritablement démocrati­ques contre l’Union Nationale.

I had not believed, after the election of 1956, that the electoral conjuncture of 1960 would be as simple as it is. First there was the Rassemblement which, by education and action, proposed to enlarge and fuel the democratic left. Then there was the Action civique which, after the defeat of Mr. Drapeau for the mayoralty in 1957, grimly organized itself for the provincial elections. Then, in July 1958, the national P.S.D. resolved to launch a new “very broadly based popular political movement”. Shortly after (autumn 1958), the partisans of Social Credit were invited to join in a vast Créditiste Assembly. Through all of that and year after year, the provincial Liberal Federation with increasing firmness and success imposed its democratic frameworks upon the antiquated Liberal herd. And finally, one year ago, the Manifesto of the Twenty-one invited men of good will to carry out a rather widespread desire among us: to unite all the truly democratic forces against the Union Nationale.

 

 

QUATRE ANNÉES DE
DESARROI

FOUR YEARS OF
DISARRAY

J’espère pouvoir un jour faire l’analyse de ces quatre années. Il suffit de rappeler ici que la Fédération libérale accepta la formule d’union des forces démocratiques, alors qu’à toutes fins pratiques cette formule fut rejetée par l’Action civique et par le P.S.D. Ces deux derniers groupe­ments étaient d’opinion qu’idé­o­lo­gi­que­ment ils ne pouvaient pas discuter d’union avec un parti aussi “pourri” que le parti libéral, et que prati­quement ils n’avaient pas besoin de cela pour s imposer à l’électorat.

I hope to be able one day to analyse these four years. It suffices to recall here that the Liberal Federation accepted the formula of a union of the democratic forces, whereas for all practical purposes this formula was rejected by the Action civique and by the P.S.D. These last two groupings were of the opinion that ideologically they could not discuss union with a party as “rotted” as the Liberal party, and that practically speaking they did not need that to influence the electorate.

Or, à l’heure où j’écris, il appert que d’une part l’Action civique ne présentera pas un seul candidat aux élections du 22 juin, cependant que plusieurs de ses membres seront actifs sous la bannière libérale; et que d’autre part le P.S.D. ne présentera qu’une couple de candidats, encore qu’une large faction du parti voudrait n’en présenter aucun. De la sorte, et par un juste retour des choses, ceux-là mêmes qui prétendaient “préserver” leurs électeurs contre d’“avilissants” contacts avec les Libéraux, aujourd’hui mettent ces électeurs dans l’obligation de voter libéral, sans condition et sans garantie. (Car devant le danger de mort où l’Union nationale met la démocratie, je ne dois plus qu’il soit question d’annuler son vote.) Les socialistes et les drapistes se sont gardé les mains pures … en se coupant les mains.

Now, at the time of writing this, it appears that the Action civique will not run even a single candidate in the elections of June 22nd, however a number of its members are active under the Liberal banner: and in addition the P.S.D. will only run a couple of candidates, although a broad faction of the party would like to not run any. So that it now inevitably comes home to roost, those very same who claimed to “preserve” their voters from “degrading” contact with the Liberals, today oblige these voters to vote Liberal, without condition or guarantee. (Because faced with the risk of death to which the Union Nationale subjects democracy, I no longer believe that it is a question of cancelling one’s vote.) The Socialists and the Drapists have kept their hands clean … by cutting their hands off.

Je veux bien croire que les Libéraux bluffaient peut-être au moment où ils acceptaient de négocier, même en dehors du parti libéral, une formule d’union des forces démocratiques. Je pense aussi que depuis la mort de MM. Duplessis et Sauvé et le retrait de l’Action civique, les Libéraux sont vraisemblablement ravis que cette union ne se soit pas réalisée. Je sais même qu’ils refuseraient aujourd’hui de se compromettre avec trop d’hommes de la “gauche” démocratique, voire même avec d’authentiques indépendants.

I would truly like to believe that the Liberals were perhaps bluffing when they agreed to negotiate, even outside of the Liberal party, a formula of union with the democratic forces.[i] I also think that since the deaths of Messrs. Duplessis and Sauvé and the withdrawal of the Action civique, the Liberals are truly thrilled that this union did not take place. I even know that they would refuse today to compromise themselves with too many men of the democratic “left” or even with authentic independents.

 

 

LE PARI DÉMOCRATIQUE

THE DEMOCRATIC BET

Mais enfin ces convictions, que je partage avec bien du monde, n’ont pas été mises en preuve, et cela à cause de la piètre stratégie de l’opposition non libérale. Au contraire, aux yeux de l’électorat d’opposition, seul le parti libéral a accepté le pari démocratique, alors que les autres partis redoutaient “que le grand nombre ne se serve de la règle démocratique pour les transformer véritablement.” (Cité libre, no. 22, p. 29) En conséquence, cet électorat sera justifié, autant en théorie qu’en pratique, d’appuyer carrément le parti libéral aux élections prochaines.

But finally, these convictions, which I share with many people, have not been put to the test of public opinion. And that, because of the very poor strategy of the non-Liberal opposition. On the contrary, in the eyes of the electoral opposition, only the Liberal party has accepted the democratic gamble, whereas the other parties feared “that the great number would not employ the democratic rule to really transform themselves.” (Cité Libre, no. 22, p. 29) In consequence, this electorate will be justified, in theory as much as in practice, in squarely supporting the Liberal party at the next elections.

Il va sans dire, mais cela ira peut-être mieux en le disant, que je ne suis pas autrement fier d’avoir à faire ces constatations. Mais si je ne les faisais pas, je renierais le long manifeste publié dans le numéro sus-dit de Cité libre, et je reculerais devant la logique à laquelle je risquais d’être pris en jouant à “démocratie d’abord”. Car il est certain que si, par exemple, le P.S.D. avait appuyé l’union des forces démocratiques et que les Libéraux l’avaient repoussée, je serais aujourd’hui justifié de conclure que tous les démocrates sincères auraient à voter contre les Libéraux et à appuyer le P.S.D.

It goes without saying, but it will perhaps be better to say it, that I am not otherwise proud to have to make these observations. But if I do not make them, I would repudiate the long manifesto published in the above-mentioned issue of Cité Libre, and I would back away from the logic to which I risked being held by playing at “democracy first.” Because it is certain that if, for example, the P.S.D. had supported the union of democratic forces, and the Liberals had rejected it, I would today be justified in con­clud­ing that all sincere democrats would have to vote against the Liberals and support the P.S.D.

Mais comme question de fait, le P.S.D. et l’Action civique ont choisi d’être, ces années dernières, doctrinaires dans la pensé politique, intolérants dans l’action démocratique et lunaires dans la stratégie générale. Le résultat net, c’est que le parti libéral a obtenu à peu de frais le monopole des votes oppositionnistes. Et le corollaire, c’est qu’un René Lévesquesoudain désireux d’exercer une action électorale — se trouve dans l’impossibilité pratique d’agir ailleurs que dans le parti libéral.

But as a question of fact, the P.S.D. and the Action civique have chosen to be, in recent years, doctrinaire in their political thought, intolerant in their democratic action, and lunar in their general strategy. The net result is that the Liberal party has obtained at little cost the monopoly of the opposition vote. And the corollary is that a certain René Lévesquesuddenly wishing to get into politics – finds it practically impossible to act other than within the Liberal party.[ii]

Tant mieux pour ce parti: je ne lui reprocherai pas sa bonne fortune. Mais lui, il ne m’empêchera pas de conclure que beaucoup de ses électeurs du 22 juin prochain exerceront une option de moindre mal, motivée surtout par la réalité tactique. Certes, j’admets que dans le programme libéral il y ait matière pour une action réformiste qui pourrait bien durer quelques années. Mais je n’y ai pas vu ébauchées de véritables réformes de structures (sauf celles — généralement assez effarantes — qu’on songerait à baser sur le rapport de la Commission Tremblay). Et je ne m’illusionne toujours pas sur le désintéressement de ceux qui financent la campagne électorale.

So much the better for this party: I will not reproach it for its good fortune. But he will not prevent my concluding that many of his electors on June 22nd next will be exercising the option of the lesser evil, motivated above all by the tactical reality. Certainly, I admit that in the Liberal program there is material for reformist action which might well last for several years. But I did not see there the outlines of true structural reforms (except those – generally quite mind numbing – that one would think of basing on the report of the Tremblay Commission). And I still have no illusions about the disinterestedness of those who finance the electoral campaign.

 

 

ET APRÈS? …

AND AFTER? …

Qu’arrivera-t-il après les élections?

What will happen after the elections?

Le prophétisme serait ici parfaitement oiseux. Toutefois il serait bon que dès maintenant tous les hommes d’opposition soient résolus de ne pas répéter après juin 1960 l’indécision de 1952-1956, ni le désarroi de 1956-1960.

Prophecy would be perfectly idle here. However it would be good if as of now all the men of the opposition were resolved not to repeat after June 1960 the indecision of 1952-1956, nor the disarray of 1956-1960.

Cela sera d’autant plus difficile que la conjoncture peut s’avérer ex­trême­ment confuse.

It will be all the more difficult as the economic situation may prove to be extremely confused.

Si, par aventure, les Libéraux gagnaient la prochaine élection, il est à prévoir que les cadres démocratiques encore trop frêles de la Fédération libérale seront broyés sous la ruée des affamés vers la mangeoire. Si, par contre, les Libéraux étaient battus aux élections prochaines, un vacuum sera créé, plus ou moins grand selon l’ampleur de leur défaite.

If, by chance, the Liberals won the next election, it is to be anticipated that the still too-frail democratic framework of the liberal Federation will be crushed under the onslaught of the famished heading for the trough. If, on the other hand, the Liberals were beaten in the upcoming elections, a vacuum will be created, more or less large according to the size of their defeat.

Mais dans un cas comme dans l’autre, ce serait une erreur de croire que le nouveau C.T.C.-P.S.D. aura automatiquement les voies libres. Car Drapeau et l’Action civique peuvent ressusciter autant des cendres libérales que de celles de l’Union nationale. Et le parti libéral lui-même, s’il est battu mais seulement de justesse et s’il choisit detomber à gauche”, peut continuer d’apparaître comme une option valable à bien des démocrates.

But in one case as in the other, it would be an error to believe that the new C.T.C.-P.S.D. will have the tracks cleared automatically. Because Drapeau and the Action Civique can reanimate as many Liberal ashes as it can those of the Union Nationale. And the Liberal party itself, if it is beaten but only by a hair’s breadth and if it choosesto fall to the left”, may continue to seem a valid option to many democrats.

Alors il faudra de nouveau chercher une formule pour faire l’unité des forces réformistes. Et j’espère que cette fois, on mettra moins d’obstination à ne pas comprendre l’urgence pour notre Province du mot d’ordreDémocratie d’abord”.

Then it will again be necessary to seek a formula to unite the forces of reform. And I hope that this time, less stubbornness will be employed so as not to understand the urgency for our Province of the watchwordDemocracy first.

 

 

I’m Back From Moscow, Le Devoir  (1952) #7

SourceLe Devoir, June 21st, 1952.  “They had Three Revolutions for This?”  Seventh and last installment of a series by Pierre Elliott Trudeau upon his return from the 1952 Moscow Economic Summit.

“Je reviens de
Moscou”

“I’m Back from Moscow”

Est-ce pour ça
qu’on a fait trois
révolutions?

They had three
revolutions
for this?

Derniers contacts avec l’U.R.S.S. — Veulent-ils la guerre? — Je cherche en vain la Révolution — Une grande foi — Les inégalités sont flagrantes — Comment j’ai quitté Moscou …

Last contacts with the U.S.S.R. — Do they want war?  — I seek in vain for the Revolution — Great confidence — The inequalities are flagrant — How I left Moscow …

par Pierre Elliott-Trudeau

by Pierre Elliott-Trudeau

— VII —

— VII —

Sont-ils heureux?  Veulent-ils la guerre?
Je sais qu’ils parlent sans cesse de paix.  Dans les villes; au bord des routes; le long de la voie ferrée, on lit des slogans de paix que les ouvriers semblent écrire à temps perdu, comme d’autres boiraient un Coke; Pour ce peuple, les horreurs de la guerre sont encore une réalité; les estropiés, les manchots sont toujours présents parmi eux; et on ne rencontre guère de gens qui n’aient perdu un proche parent au front.

Are they happy? Do they want war?
I know that they talk about peace all the time.  In the cities; on the roadsides; all along the railway, one reads the peace slogans the workers appear to write in their off-hours the way others would swig a Coke.  For these people, the horrors of the war are still a reality; the maimed, the armless, are always present among them; and one rarely meets anyone who did not lose a close relative at the front.

Il est vrai qu’on voit plus d’uniformes qu’en aucun autre pays.  Mais il faut savoir que l’uniforme est une vieille manie russe que la révolution n’a malheureusement détruite que momentanément:  tout le monde veut le porter, depuis l’étudiant jusqu’au garde moteur.  Quant aux soldats authentiques, qui à vrai dire semblent légion, on les voit surtout la pelle ou la truelle à la main, occupés par exemple à édifier de nouveaux sanatoria le long du magnifique littoral de la mer Noire.

It is true that one sees more uniforms than in any other country.  But one should know that the uniform is an old Russian mania which the revolution unfortunately destroyed only temporarily:  everyone wants to wear one, from the student to the motorman.  As for the real soldiers, who, to tell the truth, seem legion, they are above all seen shovel or trowel in hand, occupied for example in building new sanatoria along the splendid littoral of the Black Sea.

Le peuple
obéira

The people
will obey

Mais en l’U.R.S.S. plus qu’ailleurs, le peuple suivra les commandements de ses chefs.  Avec les moyens de propagande actuels, on a vu les nations les plus paisibles, les plus anticonscriptionnistes par exemple, changer d’avis, au signal donné.  Le Kremlin donnera-t-il ce signal?  Demandez-moi plutôt où est Jos!

But in the U.S.S.R. more than elsewhere, the people will follow the commands of their leaders.  With the current means of propaganda, the most peaceful nations, the most anti-conscriptionist for example, have been seen to change their view, on cue.  Will the Kremlin give that cue?  Rather ask me where is Jos! 1

Au contraire, un des principaux soucis de cet État semble être d’améliorer le bien-être matériel de ses citoyens.  Et si ceux-ci sont contents d’un système qui augmente leur standard de vie avec lenteur mais sûreté, le gouvernement actuel ne sera pas inquiète avant longtemps, car il lui reste du chemin à faire.  En effet, si d’une part ce peuple aime à se faire dire qu’il est le plus riche et le plus évolué de la terre, d’autre part un étranger sans préjugés peut aisément constater que du simple point de vue développement rural, par exemple, ce pays est en retard d’un demi-siècle.

On the contrary, one of the main preoccupations of this Government seems to be to improve the material wellbeing of its citizens.  And if these latter are content with a system which increases their standard of living slowly but surely, the current government will not soon be anxious, since considerable road remains to be paved.  Indeed, if on the one hand these people like to say that they are the richest and most evolved on Earth, on the other hand a non-biased stranger can easily note that simply from the viewpoint of rural development, for example, this country is behind by half a century.

… et progrès

… and progress

Par ailleurs, comment nier un certain progrès qui partout saute aux yeux?  Ainsi, du point de vue éducation de l’enfance, de la jeunesse et des adultes, que d’admirables initiatives.   (Je parle des techniques d’enseignement, et non de ses buts.)   Une simple tournée d’une Maison de pionniers, d’un Palais de culture, et d’un Parc de culture et de repos, suffit à révéler tout un peuple qui emploie ses loisirs à fortifier son corps et à dévélopper son esprit, par les arts aussi bien que par les sciences.  S’il y a une oeuvre de guerre, elle ne se cache assurément pas à ces endroits.

On the other hand, how can one deny a certain progress which everywhere strikes the eye?   Thus, from the viewpoint of child, youth and adult education, there are none but admirable initiatives.  (I’m speaking of pedagogy, and not of its objects.)   A simple tour of a Pioneer House, a Cultural center, and a Park for culture and repose will suffice to reveal a whole people which utilizes its leisure time to fortify the body and develop the mind by way of the arts as well as the sciences.  If there is a war in preparation, assuredly, it is not hidden in these locations.

Et on construit, construit … Je n’ai visité aucun pays où on semblait le faire autant.  Si on préparait la guerre, édifierait-on ces grands buildings, cette gigantèsque université dans un endroit aussi vulnérable que Moscow?  Et par contre, les piètres 2 sont sis à des profondeurs qui en font d’admirables abris antiaériens …

And they build and build … I have never visited any country which seemed to build so much.  If war was in preparation, would one build these tall buildings, this gigantic university in a place as vulnerable as Moscow?  And on the other hand, the least 2 of them are dug to depths which make admirable air-raid shelters …

Sont-ce là des conditions qui rendent un peuple heureux?  Le bonheur est une notion bien relative … Mais je puis répondre que le malheur n’apparaît pas avec cette intensité qui fait de la révolte une possibilité.  On est mal logé, mal nourri, mal vêtu, mais on s’en contente volontiers.

Are these the conditions which make a people happy?  Happiness is a quite relative concept … But I can then reply that misery here does not seem to have that intensity which makes revolt a possibility.  They are poorly housed, poorly fed, ill-clad, but they readily make do.

Car ceux qui se souviennent du tzarisme voient qu’il y a eu en général amélioration.  (Inutile de leur demander à quel prix.  Déjà en 1925, Béraud 3 remarquait qu’ils n’avaient pas la mémoire du sang).  Et les autres, les moins de 40 ans, sont gonflés à bloc par la grâce stalinienne.  Ils ont cette intransigeance, ce puritanisme, cette admirable foi en leur étoile (rouge) qui caractérise les peuples en pleine croissance.

Because those who remember Tzarism see that there has been general improvement.  (Don’t ask at what price. Already in 1925, Béraud 3 noted that they had no recollection of the blood).  And the others, those under 40, are all fired up with Stalinist virtue.  They have this intransigence, this puritanism, this admirable faith in their (red) star which characterizes peoples in full ascendancy.

J’imagine un peu le jeune Britannique aux meilleurs jours de l’empire. Ou encore mieux, les Américains du temps de Lincoln, poussant hardiment vers les dernières frontières, multipliant leurs forces et leurs richesses, et tout transfigurés par la vision d’un monde en gestation.

I sort of think of the young Brit during the best days of the Empire. Or even better, the Americans at the time of Lincoln, pushing boldly toward the final frontiers, multiplying their strength and their wealth, and all transfigured by the vision of a world in gestation.

Au fond,
de l’envie

At bottom,
envy

Cette comparaison avec l’Amérique pourra choquer les purs, mais je la trouve d’un intérêt profond:  car je suis convaincu qu’une grande partie de la haine qu’entretiennent les dirigeants soviétiques contre les États-Unis est fondée sur l’envie.  Ce damné pays capitaliste a atteint avec une facilité abasourdissante un très haut degré de prospérité matérielle, alors que l’U.R.S.S., malgré tous ses efforts, demeure encore à mille lieues de son paradis terrestre.

This comparison with America may shock the pure, but I find it of major interest:  because I am convinced that most of the hatred Soviet leaders maintain toward the United States is based on envy.  This damned capitalist country attained a very high level of material prosperity with stunning facility, whereas the U.S.S.R., despite all its efforts, still remains a thousand leagues from its Earthly paradise.

Mais l’oeil demeure braqué sur le but.  Les meilleures autos sont des répliques exactes des modèles américains. 4  On envie tellement le skyscraper qu’on le bâtit jusqu’en pleine campagne, sur les collines de Lenine.  Et je vous le jure — j’ai vu TARZAN 5 à l’affiche dans une demi-douzaine de cinémas soviétiques.  À quand la Coca-Cola?

But the eye remains riveted on the goal.  The best cars are exact replicas of American models. 4  So envied is the skyscraper that these are built all the way to the countryside, on the hills of Lenin.  And I swear to you — I saw TARZAN 5 on the playbills of a half-dozen Soviet cinemas.  How long before Coca-Cola?

On me rétorquera qu’il y a une différence fondamentale:  en Amérique le bien-être matériel est réservé aux privilégiés, en U.R.S.S. il est pour tout le monde.

A comeback will be that there is a basic difference:  in America material wellbeing is reserved for the privileged, in the U.S.S.R. it is for everyone.

Inégalités

Inequalities

C’est la théorie; mais ce n’est pas ce que j’ai vu, camarades.  Le manoeuvre gagne $135 par mois.  Mais l’ouvrier de choc, le stakanoviste, le professeur d’université peut toucher $750; l’ingénieur, $1,250.  On me vantait Ulanova, l’étoile de ballet, en disant qu’elle gagnait $1,500.  (Ce n’est pas encore Hollywood, mais on y arrivera.)  Les lauréats du prix Staline pour les arts ou les sciences reçoivent une récompense de $25,000 (presque autant que le prix Nobel).

That’s the theory; but it’s not what I saw, comrades.  The labourer earns $135 per month.  But the exceptionally productive worker, the stakhanovist, the university professor, may attain $750; the engineer, $1,250.  It was bragged that Ulanova, the ballet star, earns $1,500.  (It isn’t yet Hollywood, but it’s coming.)  The winners of the Stalin prize for arts or sciences receive an award of $25,000 (almost as much as the Nobel Prize).

Dites-moi maintenant qui a les moyens de voyager en avion ou en wagon de première classe; a qui appartiennent les autos luxueuses; et pourquoi l’ouvrier ne se déplace même pas sur des bicyclettes qui se vendent $200? Expliquez-moi pour le bénéfice de qui les panneaux-réclame (sic) vantent les avantages du caviar et du champagne; et qui doit se contenter de se saouler la gueule à la vodka; et pourquoi les restaurants fastueux n’ont pas le même quota d’hommes aux mains rugueuses que les gargottes [sic] de quartier?

Tell me now, who can afford to travel by plane or first-class coach; to whom do the luxury cars belong; and why does the workman not even get about on bicycles which sell for $200?  Explain to me for whose benefit these billboards (sic) extol the advantages of champagne and caviar; and who must settle for vodka to wet his whistle; and why do the high-end restaurants not have the same quota of rough-cut men as the corner eateries?

Vous rétorquez que s’il y a une classe privilègiée, du moins elle ne constitue pas une caste héréditaire; car là où les investissements et la propriété privés sont abolis, il ne peut se former ni se transmettre de fortune colossale.  C’est juste; mais n’exagérons rien.  Car les richards peuvent se construire des demeures somptueuses, la donation entre vifs est toujours possible, et les enfants peuvent hériter de leur père un montant illimité.

You retort that if there is a privileged class, at least it is not a hereditary caste; because where investments and private property are abolished, no colossal fortune can be formed or transmitted.  That’s true; but let’s not exaggerate.  Because the wealthy can build sumptuous homes, the donation inter vivos 6 still is possible, and children can inherit an unlimited amount from their father.

Certes, je ne l’écris point pour critiquer. Mais que comprendre? Est-ce pour établir un régime d’inégalités tellement banal, tellement semblable au notre qu’on a fait trois révolutions, traversé 2 guerres, déclenché deux atroces famines, liquidé de millions de kulaks, purgé la vieille garde révolutionnaire et emprisonné un nombre inconnu d’adversaires politiques?

Admittedly, I do not write it to criticize. But understand what? Is it to establish a regime of inequalities so banal, so similar to our own that three revolutions were made, 2 wars traversed, two atrocious famines unleashed, millions of kulaks liquidated, the old revolutionary guard purged and an unknown number of political adversaries imprisoned?

Dans mes efforts pour comprendre l’U.R.S.S., j’ai toujours tenté d’expliquer les rigueurs du régime par la nécessité de protéger la Révolution contre les ennemis du dehors et du dedans.

In my efforts to understand the U.S.S.R., I have always tended to explain the rigors of the regime by the necessity of protecting the Revolution from its enemies both outside and within.

Où est la
Révolution?

Where is the Revolution?

Mais je ne vois plus très bien où se trouve la Révolution, ni ce qu’on veut protéger si ce n’est la puissance absolue des camarades au pouvoir.  On a remplacé la police par la milice, l’armée tzariste par l’armee rouge, la tchéka par la N.V.D.   Staline tient la place de l’icône.   On a changé des noms et des symboles, mais où est la Révolution?

But I no longer see very well where the Revolution is, nor what one wants to protect if it is not the absolute power of the comrades in power.  The police have been replaced by the militia, the tzarist army by the Red Army, the Cheka by the N.K.V.D. 7  Stalin holds the place of the icon.  Names and symbols have changed, but where is the Revolution?

Bien sur qu’elle a eu lieu, qu’elle a emancipé des millions de gens, qu’elle leur a donné un regain de vie matérielle.  Mais ces millions n’en restent pas moins au bas de l’échelle sociale.  Leur sort s’est amélioré depuis 1917, et vous en arriverez éventuellement, dites-vous, au régime de la prise au tas 8, à mesure que le pays passera du stade socialiste au stade communiste.  Mais d’autres pays aussi ont progressé depuis 35 ans, et le sort de leurs classes laborieuses s’est amélioré!

Of course it took place, it emancipated millions of people, it gave them a new lease of material life.  But these millions nonetheless remain at the bottom of the social scale.  Their fate has improved since 1917, and you will eventually arrive, you say, at the regime of plenty 8, as the country passes from the socialist stage to the communist stage.  But other countries too have progressed in 35 years, and the fate of their working classes has improved!

Voyez le Canada libéral, camarades, la Suède socialiste, et l’Australie qui fut travailliste, où le capitalisme est peu à peu battu en brèche par des travailleurs organisés pour exiger justice. Ils croient sincèrement pouvoir l’obtenir en respectant le sens chrétien, par des moyens démocratiques, et dans le cadre constitutionnel; ils ne font pas la même exégèse que vous de l’évangile selon saint Marx, mais est-ce une raison pour que vous détestiez le bien qu’ils font?

Look at liberal Canada, comrades, at socialist Sweden, and Australia which was laborist, where capitalism is beaten in the breach little by little by workers organized to demand justice.  They sincerely believe themselves able to obtain it by respecting the Christian way, by democratic means, and inside the constitutional framework; they do not interpret the Gospel according to Saint Marx the Evangelist the same way you do, but is that a reason to detest the good that they do?

Ouvrez les frontières !

Open the borders !

Je crois encore que du point de vue matériel (je ne dis rien du besoin qu’on peut avoir de l’esprit) votre système peut être excellent pour des pays comme le vôtre:  j’ai assez dit dans ces articles les transformations remarquables qui s’opèrent en U.R.S.S.; et j’ajoute que malgré les inégalités je n’ai jamais vu l’opulence chez vous s’exhiber avec un faste qui insulte à la misère du grand nombre, comme il arrive souvent en deçà du rideau de fer.

I still believe that from the material point of view (I say nothing of the need that one can have for the spirit) your system may be excellent for countries like yours; I have said enough in these articles on the remarkable transformations which are taking place in the U.S.S.R.; and I add that in spite of the inequalities, I never saw opulence there exhibited with an ostentation which insults the misery of the vast number, as often happens on this side of the Iron Curtain.

Mais malgré tout, ouvrez un peu les frontières de l’U.R.S.S., et les camarades pourront constater de leurs yeux que ce qui est une révolution là-bas constituerait une réaction pour la plupart des pays d’Occident.

But all the same, open the borders of the U.S.S.R. a bit, and the comrades will be able to see with their own eyes that what is a revolution there would constitute a reaction for most Western countries.

Si c’est vraiment au bonheur des peuples que vous tendez, et non à l’hégémonie russe, il me semble qu’il faudrait vous faire un peu plus trotskyistes, un peu plus titoistes.  Dans chaque pays soyez toujours un ferment de justice 9, entraînez la gauche vers la gauche, élevez-vous contre le colonialisme et l’exploitation de l’homme par l’homme.  Mais ne faudrait-il pas cesser d’en référer partout à Monsieur Staline, et au glorieux exemple de l’U.R.S.S.?  Justement alors toutes les forces de gauche pourraient se rallier, et d’elles-mêmes elles fortifieraient les liens d’amitié entre tous les pays progressistes.

If it is really the happiness of peoples that you seek, and not Russian hegemony, it seems to me that it would be necessary to make you a little more trotskyist, a little more titoist.  In each country be always a leaven 9 of justice, lead the left towards the left, rise up against colonialism and the exploitation of man by man.  But wouldn’t it be necessary to cease referring everywhere to Mr. Stalin, and to the glorious example of the U.S.S.R.?  Precisely then all the forces of the left could rally, and of themselves they would strengthen the bonds of friendship among all progressive countries.

Une grande vision

A great vision

Vous formeriez ainsi par-dessus les frontières un véritable Front Populaire contre les forces réactionnaires.  Mais les deux blocs en tant que tels se désagrégeraient; la guerre froide serait finie, les échanges internationaux pourraient reprendre, tel que vous le souhaitiez à la Conférence économique.

You would thus form across borders a true Popular Front against reactionary forces.  But the two blocs as such would disaggregate; the cold war would be finished, international trade could begin again, such as you wished it at the Economic conference.

Mais je reste inquiet; car c’est pour avoir posé de pareilles questions et exprimé de pareilles opinions à certaines personnes que je me sentis devenir de moins en moins populaire chez vous.  Votre système administratif que j’avais trouvé si souple à résoudre le cas particulier avant et pendant la Conférence, devint tout à coup d’une rigidité cadavérique.  Je tentais vainement pendant six jours d’organiser le plus simple des voyages à Léningrad.

But I remain anxious; because having posed similar questions and expressed similar opinions to certain people, I felt myself less and less popular among you.  Your administrative system that I had found so flexible in resolving the particular case before and during the Conference, became suddenly deathly rigid.  For six days I tried in vain to organize the simplest of voyages to Leningrad.

Mais les motifs de votre obstruction systématique ne m’apparurent clairement que le jour où vous me sommâtes froidement de quitter l’U.R.S.S. Je le regrette car j’aurais voulu conserver la première opinion que je m’étais faite de votre hospitalité.

But the reasons for your systematic obstruction appeared clearly only on the day when you coldly summoned me to leave the U.S.S.R.  I regret it because I would have liked to preserve the first opinion that I had formed of your hospitality.

Pourrais-je me reprendre?

May I start over?

 
______
 
1  The expression, “where is Jos?” appears to come from a refrain in the words to a musical composition by Montreal-born French-Canadian baritone and composer, Noël Ferdinand Lionel Daunais.  There is a French text online, as follows (I’m not going to translate it, sorry! — but the song seems to be about a girl who lost her man): 

Il n’était pas là, Jos,
Quand Maryse du haut des frises,
Donna tête basse dans la contrebasse.
Il n’était pas là, Jos!
Jos n’était pas là!

Et pourtant, depuis vingt ans,
En un voltige à donner vertige
Chaque soir de son perchoir
Elle venait choir dans les bras costauds de Jos!
Mais ce soir, oh! Désespoir
Il n’était pas là Jos!
Où est Jos?

Est-il indispos? Est-il allé payer son impôt?
Où est Jos? Où est Jos?
A-t-il été victime d’un complot?
Mystère et boule de gomme,
Jamais ni femm’ ni homme,
Sur ma foi
Ne saura pourquoi.

Il n’était pas là, Jos,
Quand Maryse du haut des frises,
Donna tête basse dans la contrebasse.
Jos n’était pas là! Jos n’était pas là! Jos n’était pas là! Jos n’était pas là!
Jos n’était pas là! Jos!
 
2 “piètres” (“poorest”); I’m guessing here because the scan of the French article is bad, I’m not sure the damaged word is “piètres”.
 
3  Trudeau is most likely referring here to Henri Béraud, Ce que j’ai vu à Moscou, Paris, Éditions de France, 1925:

“Nous marchions entre deux haies de marchandes de cigarettes, — d’anciennes femmes du monde, en grande partie, des veuves de fusillés.  Et l’oubli était dans tous les yeux.  Non.  Elles n’ont pas la mémoire du sang.”  (via Google Books).

 
4 “The best cars are exact replicas of American models.”  See my Translator’s Footnote #1 on Part II of “I’m back from Moscow”.
 
5 “Tarzan” in the Soviet movie theatres, and “skyscrapers” in the countryside!  We know Trudeau lied about the snowball; so keep it in mind.
 
6 “Donation inter vivos, contracts.  A contract which takes place by the mutual consent, of the giver, who divests himself of the thing given in order to transmit the title of it to the donee gratuitously, and the donee, who accepts the thing and acquires a legal title to it.  2.  This donation takes place when the giver is not in any immediate apprehension of death, which distinguishes it from a donatio mortis causa.”  Source:  The Free dictionary.
 
7 “The first Soviet Union security organization called “Cheka”. In December of 1917 the Cheka, an acronym for the All-Russian Extraordinary Commission for Combating Counter-Revolution and Sabotage, was established. …In 1922, The Cheka was reorganized under the apporatis of the GPU, soon to be known as the OGPU. … In 1934, the OGPU was reorganized under the acronym NKVD (People’s Commissariat For Internal Affairs).”  Source:  http://www.systemaspetsnaz.com/history-of-the-cheka-ogpu-nkvd-mgb-kgb-fsb
 
8 According to Wikipedia (God forgive me), the French expression “la prise au tas“, also said as “prise sur le tas” is an anarchist economic expression from Pierre Kropotkine’s 1892 book, La Conquête du pain (The Conquest of Bread):  “Prise au tas pour ce qui se trouve en abondance; rationnement pour ce qui se trouve en quantité limitée“.  I think I would translate this as “Help yourself in times of plenty; but ration in times of scarcity”.  According to Wikipedia, Kropotkine thus describes the manner of sharing out of social wealth in a libertarian communist society.
 
9  “ferment de justice“.  I have translated this by “leaven of justice” because Trudeau’s French passage somehow sounds Biblical to me, although I can’t find “ferment de justice” in a French Bible.  Trudeau has used religious contrasts elsewhere in the series for Le Devoir on the Moscow summit.  But it’s my translation, not necessarily his intention; and the English does come from Corinthians.
 
P.S.  This 7th item was a tough one to translate.  I therefore have to thank the WordReference language forum which helped with “l’ouvrier de choc, le stakanoviste“, “gonflés à bloc” (all fired up) and Stalinist “virtue”; they also found Henri Béraud for me.  Amazing forum.
 
______
 

PERMISSION:
Nota bene:  This French transcript and the exclusive English translation are by Kathleen Moore for the legal research purposes of Habeas Corpus Canada, The Official Legal Challenge to North American Union.  Document date:  4 October 2016.  Permission is given to use this document, with credit to its origin.  If you find this document useful or interesting, please support The Official Legal Challenge To North American Union:  PayPal:  hccda@protonmail.com
 

I’m Back From Moscow, Le Devoir  (1952) #6

SourceLe Devoir, June 20th, 1952.  “The Conference’s Conclusions”.  Sixth article in a series by Pierre Elliott Trudeau on his return from the 1952 Moscow Economic Summit.

“Je reviens de
Moscou”

“I’m Back from
Moscow”

Les conclusions
de la
conférence

The conference’s
conclusions

Un premier pas vers la diversification — Un appel à l’O.N.U. — Deuxième conférence économique internationale en perspective — Si la guerre n’est pas inévitable

A first step toward diversification — An appeal to the U.N.O. — A second international economic conference is expected — If war is not inevitable

par Pierre Elliott-Trudeau

by Pierre Elliott-Trudeau

— VI —

— VI —

La conférence a duré huit jours, et les séances fûrent ainsi organisées que les délégues des divers pays pûrent entre temps se rencontrer, discuter et conclure des marches commerciaux.  Ainsi la délégation anglaise se vantait d’avoir négocié avec les Chinois une entente bilatérale qui se chiffrait dans les dix million de livres sterling.  Les hommes d’affaires donnaient ainsi la preuve concrète d’une proposition qui était restée théorique dans la bouche des économistes, à savoir qu’il existe des possibilités d’accroître le volume du commerce entre les deux blocs.  C.Q.F.D.

The conference lasted eight days, and the sittings were so organized that the delegates of the various countries might in between time meet to discuss and conclude trade measures.  Thus, the English delegation boasted of having negotiated with the Chinese a bilateral accord appraised at some ten million pounds sterling.  Businessmen thus advanced concrete proof of a proposition which had remained theoretical in the mouths of economists, i.e., that the potential exists for building up the volume of trade between the two blocs.  C.Q.F.D.

C’étaient des petits commencements évidemment.  Mais il ne fallait pas s’attendre à tres grand, quand la Conférence était boycottée par le pays qui domine si puissamment tout le commerce du monde non soviétique.

These were small beginnings, obviously.  But there could be no expectation of very great ones, when the Conference had been boycotted by the country which so powerfully dominates the trade of the whole non-Soviet world.

Les premiers pas vers
la diversification

First steps toward
diversification

L’important était de faire les premiers pas, et de donner l’évidence que tous les capitaux et tous les marchés ne sont pas contrôlés par les États-Unis.  Il ne s’git pas de reprocher à ceux-ci leur puissance, il s’agit uniquement de comprendre ce que les Indes et l’Amérique latine par exemple ont compris, et ce que le Canada tarde encore à faire:  que l’ubiquité du dollar ne va pas sans péril pour les souverainetés nationales.  Bien sûr que je voudrais encore moins de l’ubiquité du rouble.  Il faudrait au contraire détruire le monopole des devises à l’intérieur de chaque camp, encourager la diversification et l’interpénétration.

What was important was to take the first steps, and to offer proof that all capital and all markets are not controlled by the United States.  It was not a question of reproaching them for their power, but solely a question of understanding what the Indies and Latin America for example had understood, and what Canada still is late in doing:  that the ubiquity of the dollar is not without peril for national sovereignties.  Of course, I would like still less ubiquity for the rouble.  It would be necessary on the contrary to destroy the monopoly of the currencies within each camp, to encourage diversification and interpenetration.1

Du reste les États-Unis eux-mêmes devront tôt ou tard y arriver, car ils ne pourront pas toujours supporter la concurrence du Japon et de l’Allemagne, si ceux-ci ne retrouvent pas leurs marchés normaux de Chine et d’Europe orientale.

Moreover, the United States themselves must sooner or later come to this point, because they cannot forever endure the competition of Japan and of Germany, if these latter do not recover their normal markets in China and in Eastern Europe.

Aurait-on boycotté une initiative de conciliation pour la seule raison qu’elle émanait de la partie adverse?  À ce compte on ne ferait jamais la paix qu’avec ceux qui d’avance sont d’accord.

Had a conciliation initiative been boycotted for the sole reason that it came from the adverse party?  As to this, one would never make peace but with those who agree in advance.

Les adversaires de la conférence (oublieux du précédent de l’O.E.E.C.) ont fait grand cas de ce que les efforts pour intensifier le commerce auraient dû se faire au sein des Nations Unies.

The opponents of the conference (forgetful of the precedent of the O.E.E.C.) made a major case that efforts to increase trade ought to have been made within the United Nations.

Double proposition

Twin proposal

Les voici maintenant satisfaits car il a été unanimement résolu en assemblée plenière “de proposer à l’Assemblée générale des Nations Unies qu’elle convoque bientôt une conférence intergouvernementale sur le commerce international, avec participation de représentants de milieux d’affaires, et d’organisations ouvrières et sociales.”

They are now satisfied because it was unanimously resolved in plenary session “to propose to the General Assembly of the United Nations that it soon convene an intergovernmental conference on international trade, with the participation of representatives from the business milieux, and from labor and social organizations.”

Sans doute parce que les Nations Unies n’ont pas les moyens de résoudre très vite de pareilles propositions, il a été aussi décidé de nommer un comité dont la tâche serait de préparer une seconde conférence “basée sur le même principe de coopération économique entre les peuples, indépendamment de leur système économique et social”.

Undoubtedly because the United Nations does not have the means of settling such proposals very quickly, it was also decided to appoint a committee whose task would be to prepare a second conference “based on the same principle of economic cooperation among peoples, notwithstanding their economic and social systems”.

Il sera intéressant de voir quelle attitude le gouvernement canadien et nos hommes d’affaires prendront vis-à-vis de ces deux propositions.  Je suis convaincu qu’un contact personnel avec les Soviétiques et surtout un séjour en U.R.S.S. auraient été et seraient toujours une expérience sans prix pour nos commerçants.  Et du point de vue affaires, il ne faut pas trop insister sur le fait que les exportations canadiennes sont vitales plutôt que complémentaires des Soviétiques; car par lui-même le multilatéralisme nous ouvrirait de nouveaux marchés.

It will be interesting to see what attitude the Canadian government and our businessmen will take with respect to these two propositions.  I am convinced that personal contact with the Soviets and especially a stay in the U.S.S.R. would have been and always would be an invaluable experience for our merchants.  And from a business point of view, one should not overemphasize the fact that Canadian exports are vital rather than complementary to the Soviets; because multilateralism by itself would open up new markets to us.

Enfin reste le reproche que la Russie a cherché par la conférence à augmenter ses importations de matières stratégiques.  Mais je ne vois pas que le minérai ou la houille offerts à la France soient moins “stratégiques” que les navires demandés en échange.  À ce compte les Anglais devraient aussi refuser leurs cotons à la Chine qui peut en faire des uniformes militaires.  Et le problème resterait de savoir si le communisme n’est pas mieux servi par le chômage des ateliers anglais et des chantiers français que par la vente de textiles et de navires à l’U.R.S.S.

Finally, the reproach remains that Russia sought by the Conference to augment its imports of strategic materials.  But I do not see that the minerals or oil offered to France are less “strategic” than the ships demanded in exchange.  On this account the English also should refuse their cottons to China who may turn them into military uniforms.  And the problem would remain to know whether Communism is not better served by the unemployment of English workshops and of French construction sites than by the sale of textiles and ships to the U.S.S.R.

A moins évidemment que la guerre ne soit de toutes façons inévitable.  Au quel cas je perds mon temps à écrire, et vous à me lire.  Mais n’est-ce pas exactement le noeud de la chaine?  Quand trop d’hommes d’État et d’affaires croiront la guerre inévitable, ils trouveront logique de ne rien faire pour l’éviter.

Unless obviously war is nonetheless inevitable.  In which case I am wasting my time in writing, and you in reading me.  But is this not precisely the knot in the fetter?  When too many Statesmen and businessmen have believed that war is inevitable, they will find it logical to do nothing to avoid it.

Dans la conjoncture actuelle, il est hélas! indispensable que la justice s’arme contre les possibilités de violence.  Mais faut-il pour autant condamner tous ceux qui préfèrent encore travailler pour la paix plutôt que pour la victoire?

At the current juncture, it is alas! essential that justice arm itself against the risk of violence.  But is it necessary to go as far as condemning all those who still prefer to work for peace rather than for victory?

DEMAIN, conclusion:  Est-ce pour ça qu’on a fait trois révolutions?

TOMORROW, conclusion:  They had three revolutions for this?

______
 

Translator’s Notes

1  It seems to me this would encourage homogenization and convergence.  The shadows of the “Revolution’s” Bankers must have been on the walls at Moscow in 1952.
 
Australian author, Jeremy Lee, a speaker at the Australian League of Rights (ALOR), saw the Moscow Summit as an element of Communist forward strategy:

The “international order” concept was first developed at a special Moscow Economic Conference, April 3—11, 1952, attended by Pierre Elliott Trudeau, who led a Communist delegation from Canada.  Lenin himself had foreshadowed this development in these words:

“To the tasks of des­truction are added new, in­credibly difficult tasks, viz. organisation tasks … the or­ganisation of accounting, of the control of large enter­prises, the transformation of the whole of the state economic mechanism, into a single huge machine, into an economic organisation that will work in such a way as to enable hun­dreds of millions of people to be guided by a single plan. …”

— (N. Lenin, Selected Works, vol. 7 pp. 285-287, cited in “Part III” of “The New World Order” and the Destruction of Australian Industry By Jeremy Lee, 1991)

 

– 30 –

 

PERMISSION:
Nota bene:  This French transcript and the exclusive English translation are by Kathleen Moore for the legal research purposes of Habeas Corpus Canada, The Official Legal Challenge to North American Union.  Document date:  19 September 2016, based on a rough draft on 17 September 2016.  Permission is given to use this document, with credit to its origin.  If you find this document useful or interesting, please support The Official Legal Challenge To North American Union:  PayPal:  hccda@protonmail.com
 

I’m Back From Moscow, Le Devoir  (1952) #5

SourceLe Devoir, June 19th, 1952.  Fifth article in a series by Pierre Elliott Trudeau on his return from the 1952 Moscow Economic Summit.

“Je reviens de
Moscou”

“I’m Back from Moscow”

La conférence commence

The conference begins

Liberté bien temperée  — Chacun peut dire ce qu’il pense  — Nombreux anticommunistes  — Une atmosphère d’entente

Quite moderate freedom — Each can say what he thinks — Many anticommunists — An atmosphere of agreement

par Pierre Elliott-Trudeau

by Pierre Elliott-Trudeau

— V —

— V —

On aurait mauvaise grâce de prétendre que la Rencontre économique ne fut pas une initiative communiste.  Il paraît que l’idée est née il y a un an dans l’esprit d’hommes indépendants, mais dès l’automne dernier – en France, par exemple — le mouvement national pour la paix paraît s’être chargé de mener l’idée à bon port.  Les premiers contacts avec les intéressés dans divers pays ont été faits par des communistes ou des sympathisants notoires.  Et il était entendu que le lieu de la Rencontre serait Moscou, bien avant que la Commission d’initiative n’en prit la décision en octobre dernier.

It would have been in poor grace to pretend that the economic Summit had not been a Communist initiative.  It seems that the idea was born a year ago in the minds of independent men, but as of last Autumn — in France, for example — the national movement for peace seemed to have been given the task of carrying the idea forward.  The first contacts with those interested in various countries were made by Communists or by well known sympathizers.  And it was understood that the Summit meeting place would be Moscow well before the organizing Committee decided so last October.

Mais je ne vois pas de mal à cela.  Une entreprise qui se donne comme but de restaurer les relations économiques entre tous les pays, et par la même d’améliorer les conditions d’existence de populations entières, est déjà assez entachée d’utopisme pour qu’on ne doive pas s’opposer à ce que des organisateurs pragmatiques et tenaces la prennent en mains.  L’important étant que l’organisation restât assez neutre pour permettre le travail en commun d’hommes de toutes tendances et même d’ennemis potentiels.  Car c’est bien entre ceux-ci que la paix doit s’établir.

But I see nothing wrong in this.  An enterprise whose goal is to restore economic relations among all countries, and at the same time improve conditions of existence for whole populations, is already so marked with utopianism that pragmatic and tenacious organizers who take it in hand must not be opposed.  Its being important that the organization remain sufficiently neutral to allow the joint work of men of all stripes and even of potential enemies.  Because it is among these very men that peace must be established.

Efforts d’impartialité

Efforts at impartiality

Or, il est certain qu’on fit des efforts réels en ce sens.  Le Comité d’initiative internationale groupait des savants aussi distingués et aussi peu communistes qu’Alfred Sauvy et Joan Robinson.  Les comités de sélection dans divers pays comprenaient aussi des gens de cette trempe, et des délégations aussi imposantes que l’anglaise et la française étaient à grande majorité non-communiste.

Now, it is certain that real efforts were made in this direction. The international initiative Committee was composed of such distinguished and such non-communist scholars as Alfred Sauvy and Joan Robinson. The selection committees in various countries also included people of this mould, and delegations as imposing as the English and the French were in their large majority, non-communist.

Les délégués élus à la présidence de la conférence étaient souvent ceux qu’on pouvait le moins taxer de sympathies communistes:  tels Paul Bastid, ancien ministre du commerce; José Rovera, fonctionnaire du gouvernement Péron; et Lord Boyd-Orr, prix Nobel.  Ce dernier gentleman présida aussi le comité sur les questions sociales, et un de ses trois vice-présidents était Raymond Delprat, directeur de la revue catholique ECONOMIE ET HUMANISME.

The delegates elected to preside at the Conference were often those one might least accuse of Communist sympathies:  such as Paul Bastid, former trade minister; José Rovera, a functionary in the Péron government; and Lord Boyd-Orr, Nobel Prize.   This latter gentleman presided as well over the committee on social questions, and one of his three vice-presidents was Raymond Delprat, editor of the Catholic review, ECONOMIE ET HUMANISME.

Du comité de sélection canadien, je ne saurais vous parler puisque, étant déja en Europe, j’ai fait mes arrangements directement avec le comité internationale de préparation.  Je sais seulement que deux professeurs notoirement anticommunistes ont été approchés pour s’occuper de la sélection, et qu’ils ont refusé pour des raisons personnelles.  Quand aux délégués canadiens, nous n’étions pas des poids lourds, je le dis sans craindre de blesser la vanité de me[s] six aimables concitoyens anglo-canadiens.  Ils étaient des petits hommes d’affaires, et je m’étais inscrit comme petit économiste et (sauf le respect que je vous dois) petit correspondant au grand Devoir.  Je n’eus guère de contact avec eux qu’au théatre où la délégation canadienne était parfois invitée en vrac:  chaque fois que je criais “bravo” mon voisin m’enterrait avec un “hurray”.  Chacun sa conception du bilinguisme canadien!

Of the Canadian selection committee, I can hardly speak to you because, as I was already in Europe, I made my arrangements directly with the international preparation committee.  I only know that two well known anticommunist professors were approached to handle the selection, and they refused for personal reasons.   As for the Canadian delegates, we were not heavyweights, which I say without fear of injuring the vanity of my six affable anglo-Canadian fellow citizens.   They were small businessmen, and I was signed up as a small economist and (other than the respect that I owe you) a small correspondent for the great Le Devoir.  I had practically no contact with them except at the theatre where the Canadian delegation was sometimes invited in bulk:  each time I cried “bravo” my neighbor buried me with a “hurray”.  To each his own concept of Canadian bilingualism!

Sans risques

No risk

Ceci dit sur l’organisation de la Conférence, je n’aurai pas la naïveté de soutenir que les communistes aient pris le moindre risque d’en perdre le contrôle.  Le présidium comptait dix-huit personnes, dont six seulement étaient du bloc soviétique.  Mais les décisions importantes devaient être soumises à l’approbation de l’assemblée plenière:  celle-ci, sur un total de 443 délégués, en comptant 135 venant du bloc soviétique.  Il suffisait donc que 87 délégués venant d’autres pays votassent avec les premiers pour former une majorité; et il ne fait pas de doute que ce quart d’allégeance stalinienne pouvait se trouver chez les délégations du bloc non-soviétique.  D’ailleurs, le secrétaire général et les rapporteurs des sous-comités étaient des fidèles; et autant que j’ai pu voir ils avaient aussi la majorité aux comités de rédaction des résolutions.

That said on the organization of the Conference, I would not be so naïve as to suggest that the Communists had taken the least risk of losing control.  The praesidium was comprised of eighteen persons, only six of whom were from the Soviet bloc.  But the major decisions had to be submitted for approval to the plenary assembly:  which, out of a total of 443 delegates counted 135 from the Soviet bloc.  It therefore sufficed that 87 delegates from other countries voted with the former to form a majority; and there is no doubt that this quarter of allegiance to Stalin might find itself among the delegations from the non-Soviet bloc.  Moreover, the secretary general and the reporters of the sub-committees were partisans, and to the extent that I was able to see they were also in the majority on the committees drafting the resolutions.

L’appareil était donc solide; mais on n’abusa nullement de sa force.  En assemblée plenière autant qu’en comité on évita soigneusement tout sujet de controverse, tel que l’ordonnait le règlement; et on mit un soin extrême à rédiger des conclusions qui purent être acceptées à l’unanimité par l’assemblée.  Dans une telle atmosphère on en venait à se demander comment la guerre froide pouvait exister à l’extérieur.

The apparatus was thus solid; but it in no way abused its power.  In plenary assembly as much as in committee any controversial subject was scrupulously avoided as required by the regulation; and extreme care was applied to draft conclusions which could be unanimously adopted by the assembly.  In such an atmosphere one came to wonder how the cold war could exist outside.

La Rencontre se passa avec un ordre si parfait que le moindre intervention imprévue créait un malaise momentane; mais l’émoi à la tribune ne durait que le temps de constater que l’interrupteur, au fond, était d’accord.

The Meeting transpired in such perfect order that the least unforeseen intervention created a temporary uneasiness; but the agitation on the podium lasted only long enough to note that the interruptor, at bottom, was in agreement.

Correction

Correctness

Les orateurs des “démocraties populaires” furent corrects, et leurs discours exposaient fort intelligemment les avantages pour tout le monde d’un commerce international intensifié.  Suivant eux, le blocus économique imposé par l’Occident n’avait d’effets désastreux que pour lui-même:  chez eux, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.  Il en aurait fallu conclure que le but de la Conférence était de secourir les nations occidentales écrasées par leur propre blocus.  Tant va la cruche à l’eau …

The speakers from the “peoples’ democracies” were well-behaved, and their speeches very intelligently exposed the advantages for everyone of intensified international trade.  According to them, the economic blockade imposed by the West had disastrous effects only for the latter:  in their own countries, all was going well in the best of all possible worlds.  One would have had to conclude that the goal of the Conference was to aid the Western nations crushed by their own blockade.  So goes the jug to the water …

Seul le délégué chinois fit tache dans un tableau si harmonieux:  il éleva la voix, parla de l’agression de Tchiang Kai-chek et de la barbarie américaine.  Ce sembla malheureux, mais il jouait peut-être un rôle.  Car il fallait bien que quelqu’un tint l’extrême gauche pour que le comité de rédaction pût nous réconcilier tous dans des conclusions pas trop à droite.  Quand au reste, on effaça adroitement du procès-verbal tous les passages hors-ton.

Only the Chinese delegate made a blotch on the otherwise harmonious tableau.  He raised his voice, spoke of the aggression of Tchiang Kai-chek and of American barbarity.  This seemed unfortunate; however, perhaps he played a role.  Because it was quite necessary that someone take the extreme left in order for the drafting committee to reconcile us all in conclusions not too far to the right.  As for the rest, all off-key passages were skillfully stricken from the minutes.

Excès de sincerité

Excess of sincerity

Les délégués venant des démocraties non populaires, si je peux m’exprimer ainsi, péchèrent gravement par excès de sincérité, et voici comment ils voulaient tellement faire preuve de largeur de vues qu’ils mirent un zèle extrême à dénigrer le gouvernement de leurs pays, et l’état de choses qui y règne.  Réserve faite des statistiques tronquées, ils ne le firent pas mensongèrement.

The delegates from the nonpopular democracies, if I can express myself thus, sinned gravely by excess of sincerity, and behold how much they wanted to exhibit broad-mindedness, they utilized extreme zeal in disparaging the government of their countries, and the state of affairs which reigns there.  Allowing for truncated statistics, they were not lying when they did so.

Mais ces discours de chefs d’opposition qui me réjouissent dans nos parlements nationaux, ici prirent au total une allure sensiblement dégueulasse.  Car ils jouaient le franc jeu de l’anti-chauvinisme, alors que les Soviétiques jouaient le franc-jeu de la vantardise nationale.   Exceptionnellement Boyd-Orr sauva l’honneur en louant les efforts faits en Angleterre pour améliorer le bien-être social.

But these speeches of opposition leaders which delight me in our national parliaments, here on the whole took on a quite foul appearance.  Because they were playing the game of anti-chauvinism, while the Soviets were playing the game of national conceit.  The exception to the rule, Boyd-Orr, saved his honor by lauding the efforts made in England to improve social wellbeing.

Du reste, je parierais que ce vieux gentleman à l’allure si docile, ne fut pas de tout repas pour les organisateurs; les Écossais sont drôlement entêté quand il y va de leur indépendance d’esprit.

Moreover, I would bet that this seemingly mild old gentleman was in no way fodder for the organizers; the Scots are funnily headstrong when it comes to their independence of mind.

DEMAIN:  Les conclusions de la conférence.

TOMORROW:  The conclusions of the conference.

 

– 30 –

 

PERMISSION:
Nota bene:  This French transcript and the exclusive English translation are by Kathleen Moore for the legal research purposes of Habeas Corpus Canada, The Official Legal Challenge to North American Union.  Document date:  20 September 2016, based on a rough draft on 19 September 2016.  Permission is given to use this document, with credit to its origin.  If you find this document useful or interesting, please support The Official Legal Challenge To North American Union:  PayPal:  hccda@protonmail.com
 

I’m Back From Moscow, Le Devoir  (1952) #4

u>Source:  Le Devoir, June 18th, 1952.  “The Soviet Citizen Still Pays Through the Nose”; fourth article in a series by Pierre Elliott Trudeau on his return from the 1952 Moscow Economic Summit.

“Je reviens de
Moscou”

“I’m Back from Moscow”

Le citoyen soviétique demeure un “cochon de payant”

The Soviet citizen still “pays through the nose” 1

Coût de la vie, finances d’État et technocratie politique 2 — le pour et le contre de l’économie soviétique

Cost of living, Government finances and political technocracy 2 — the pro and con of the Soviet economy

par Pierre Elliott-Trudeau

by Pierre Elliott-Trudeau

— IV —

— IV —

“Jouant du luth et dansant et quasi
Tristes sous leurs déguisements fantasques.”
(Verlaine)

“Playing the lute and dancing and half-
Sad beneath their fantastic disguises.”
(Verlaine)

Il faut d’abord remarquer que le rouble n’a pas cours sur le marché des devises :  c’est une monnaie purement nationale.  Par conséquent les étrangers qui vont en U.R.S.S. doivent se la procurer à un taux qui n’a rien à voir avec sa valeur réelle.  Pour un dollar on reçoit quatre roubles:  or un rouble en U.R.S.S. à une valeur d’achat bien inférieure à $O.25 au Canada.  Par exemple, une bonne chambre à l’hôtel coûte $12.00 la nuit.  Un repas de choix au moins $10.00, une bouteille de biere $1.00.  Les meilleurs billets au théâtre se vendent $8,00 et au cinéma $2,00.  Il faut payer $15.00 de l’heure pour louer une auto.  Un bain à l’hôtel coûte $1.25, il en faut la moitié pour faire frotter ses souliers, et on n’entre pas au musée à moins de cinquante cents.

One must first note that the rouble is not traded on the foreign exchange markets:  it is a purely national currency.  In consequence, foreigners who visit the U.S.S.R. must obtain it at a rate which has nothing to do with its real value.  For a dollar, one receives four roubles:  now, a rouble in the U.S.S.R. has purchasing power much less than .025c in Canada.  For example, a good hotel room costs $12.00 a night.  A good meal costs at least $10.00, a bottle of beer $1.00.  The best tickets sell for $8.00 at the theatre and $2.00 at the movies.  It costs $15.00 an hour to rent a car.  A bath at the hotel costs $1.25, half that price to buff one’s shoes, and not less than fifty cents to set foot in a museum.

De sorte qu’un touriste moyenne s’en tirerait pas à moins de $40 par jour, sans compter les voyages.  Or, le trajet Moscou-Léningrad (douze heures de train) coûte $35 en 3e classe; pardon, en wagon “dur”, puisqu’on a supprimé les classes en U.R.S.S.

So that it would cost an average tourist not less than $40 a day, not including travel.  Now, the Moscow-Leningrad trip (twelve hours by train) costs $35 for 3rd-class; excuse me, in a “hard” wagon, because the classes have been abolished in the U.S.S.R.

En conséquence, s’il fallait que la Russie s’ouvrit au tourisme, ne pourraient y aller que les millionnaires.  Aussi bien, les délégués à la Rencontre économique virent la banqueroute de près, avant qu’il fût annoncé que toutes leurs dépenses durant la conférence seraient payées (et magnifiquement, du reste) par leurs hôtes Soviétiques.

Consequently, if Russia had to open itself up to tourism, only the millionaires could go.  As well, the delegates at the economic Summit were practically headed for bankruptcy until it was announced that their expenses during the conference would be paid (and magnificently, moreover) by their Soviet hosts.

Pourquoi ce taux d’échange invraisemblable?  C’est probablement une manière de prélever un impôt considérable sur tout le corps diplomatique.  Puis, en dévalorisant le portefeuille des étrangers, cela doit gêner leur liberté de mouvement.  Enfin, ça flatte l’amour-propre de vos hôtes de voir que vous hésitez à payer $5.50 pour une tablette de chocolat, tandis qu’eux paient sans hésiter les 22 roubles: ils en concluent une fois de plus qu’ils habitent le plus riche pays du monde.

Why this incredible exchange rate?  It’s probably a way of extracting a substantial tax on all the diplomatic corps.  Then, devaluing foreign money must obstruct their freedom of movement.  Finally, it flatters the self-love of your hosts to see that you hesitate to pay $5.50 for a chocolate bar, while they unhesitatingly pay the 22 roubles:  they deduce once again that they live in the wealthiest country in the world.

Salaires et dépenses

Wages and expenses

“Mais pour juger de leur standard de vie, il faut évidemment connaître le niveau des salaires sociaux,” dit M. Hughes.

“But to judge their standard of living, one must obviously know the social wage levels,” says Mr. Hughes.

Et il souligne qu’il lui semble probable que les peuples industrialisés sur le tard, à la fois dans leur propre histoire sociale et dans l’histoire de l’industrie moderne, diffèrent largement par leur structure de classes des pays qui ont été industrialisés lorsque eux-mêmes et la capitalisme étaient jeunes.

And he underscores that it seems likely to him that peoples who industrialized late, both in their own social history and in the history of modern industry, largely differ in their class structure from countries which industrialized when the latter and capitalism were young.

Aussi M. Hughes suggère-t-il que les sociologues du Québec s’attachent à découvrir ce qu’on trouve dans la société québécoise du fait de son industrialiastion tardive.  Et il croit très important pour ceux qui explorent le dynamisme et les structures politiques de se libérer des présuppositions dominant les études sur les pays pionniers du développement de l’industrie moderne.  “Qu’ils laissent de côté ces vieux modèles, venus de droite ou de gauche, et qu’ils se rendent compte clairement de ce qui leur arrive!”’

Also, suggests Mr. Hughes, Quebec sociologists undertake to discover what one finds in Quebec society due to the fact of its late industrialization.  And he thinks it very important for those who explore the dynamism and the political structures to free themselves from preconceptions dominating the studies on pioneer countries in the development of modern industry.  “They should leave aside these old models, from the left or the right, and take stock clearly of what is happening to them!”

(Je donne l’équivalence en dollars, et par mois.)  Le manoeuvre, le balayeur, la femme de ménage, gagnent environ $135, c’est-à-dire que le salaire de base est de 50 à 75 cents de l’heure.  L’ouvrier spécialisé, l’instituteur, la ballerine, commence à $160 et peuvent atteindre $300; un juge de première instance touche $250, l’avocat peut gagner un peu plus.

(I am giving the equivalence in dollars, and monthly.)  The laborer, the sweeper, the housekeeper, earn about $135, which is about a basic wage of 50 to 75 cents an hour.  The specialized worker, the school teacher, the ballerina, begins at $160 and may attain $300; a judge at first instance gets $250, the lawyer may earn a bit more.

Du côté dépenses, les loyers sont relativement peu élevés:  on les estime en général à 5% du salaire.  Ainsi un logement de trois pièces dans une maison fort ancienne se loue $9 par mois, ou $30 avec meubles, gaz, eau, électricité.  Deux chambres dans une dache (maison de campagne) coûtent $125 pour la saison de trois mois.

As for expenses, rents are relatively not too high:  they are estimated in general at 4% of wages.  Thus, a 3-room dwelling in a very old house rents for $9 a month, or $30 with furniture, gas, water, electricity. Two rooms in a dacha (a country house) cost $125 for a season of three months.

La nourriture est plus coûteuse.  Dans les petits restaurants de quartier, les étudiants mangent maigrement pour $2.50 par repas; mais ils reçoivent un stipendium de près de $100.00 par mois.  La popote à la maison doit aussi revenir bougrement cher.  Le pain noir à $0.22 la livre, le beurre à $4.00, le boeuf haché à $2.25, l’agneau à $2.00, le café en grains à $7 00.  On annonçait aussi le choux, aliment de base pour le Russe, à $0.16 la livre, mais on n’en pouvait trouver que sur le marché libre et à 4 fois plus cher.  La douzaine d’oeufs s’y vendait $3.50, soit 1/2 journée de travail pour un oeuf.

Food is more expensive.  In the little neighborhood restaurants, students eat meagerly for $2.50 per meal; but they receive a stipend of about $100.00 a month.  Home cooking must also come very dear.  Black bread at .22 a pound, butter at $4.00, ground beef at $2.25, lamb at $2.00, ground coffee at $7.00.  Cabbage as well, a staple foodstuff for the Russian, is advertised at .16 a pound, but it can only be found on the black market and at 4 times the price.  A dozen eggs there sells for $3.50, i.e., a half a day’s work for an egg.

Pour en finir, j’ajoute que 1es vêtements se vendent encore plus cher:&nbsp ; $250 un complet ordinaire et $75 (soit deux semaines de travail) pour une paire de souliers.

To end, I will add that clothing is even more expensive:  $250 for an ordinary suit and $75 (i.e., two weeks of work) for a pair of shoes.

Comparaisons injustes

Unfair
comparisons

Le coût de la vie parait donc exorbitant, mais ces comparaisons ont quelque chose d’injuste.  Car le salarié en U.R.S.S. reçoit un revenu net qu’il peut dépenser presque en entier sans danger pour sa sécurité sociale.  Il n’y a rien à déduire pour les assurances, les soins médicaux, les vacances, les pensions, les frais scolaires, et le reste:  l’Etat y pourvoit.  Ajouter que la femme travaille presque toujours, et que son salaire s’ajoute à celui du mari.  Notons par contre qu’il existe un emprunt d’État auquel chaque citoyen doit (obligation morale) souscrire chaque année pour l’équivalent d’un mois de salaire.  Et qu’il existe au surplus un impôt sur le revenu.

The cost of living thus appears exorbitant, but these comparisons are a bit unfair.  Because the worker in the U.S.S.R. receives his pay net and he can spend it all with no risk to his social security.  Nothing is deducted for insurance, medical care, holidays, pensions, school taxes, and the rest:  the Government takes care of that.  We note on the other hand that there is a Government loan to which every citizen must subscribe annually (a moral obligation) for the equivalent of one month’s salary.  And there is also an income tax.

On peut se demander comment ils arrivent.  Ils arrivent en vivant fort médiocrement.  Par exemple, j’ai connu un médecin qui louait un trois-pièces dont il occupait une chambre avec sa femme et son enfant; sa soeur et son époux occupaient une autre chambre; et les parents semblaient vivre dans la cuisine.

One may wonder how they manage.  They manage by living quite mediocrely.  For example, I knew a doctor who rented a three-room dwelling in which he occupied one room with his wife and child; his sister and her husband lived in another room; and the parents seem to have lived in the kitchen.

Tout ce monde est vêtu sans élégance, et doit manger souvent maigrement.  Mais personne n’a l’air affamé; et je n’ai vu qu’une demi-douzaine de mendiants durant un mois de séjour.

Everyone is dressed inelegantly, and must often eat meagerly.  But no one seems to be starving; and I never saw more than a half-dozen beggars during the month of my stay.

Elévation du
niveau de vie

A rising
standard of living

Ce qui est certain, c’est qu’il y a élévation progressive du niveau de la vie, et cette tendance est une force pour le régime.  Moscou a presque l’air d’une ville prospère, les théâtres sont toujours bondés de petit peuple, des édifices modernes longent les grands boulevards, les parcs sont fort agréables, il y a de belles promenades le long de la Moskva, et des autos neuves et nombreuses visent les piétons sur toutes les grandes artères.

What is certain is that there is a progressive increase in the standard of living, and this trend is a strength for the regime.  Moscow has almost the air of a prosperous city, the theaters are always crammed with the commonfolk, modern buildings skirt the great boulevards, the parks are extremely pleasant, there are beautiful promenades along the Moskva, and cars new and numerous target pedestrians on all the major arteries.

Et ceci n’est pas vrai qu’à Moscou:  j’ai passé par d’autres grandes villes, comme Minsk, Kharkov, Rostov, Tiflis, et partout on trouve des signes de développement.

And this is true not only of Moscow; I saw other big cities, such as Minsk, Kharkov, Rostov, Tiflis, and everywhere one finds signs of development.

Pas d’inflation

No inflation

Où l’Etat prend-il son argent?  Certes pas sur la planche à billets 3, car depuis la réforme monétaire de 1948 il n’y a aucun signe d’inflation.  Au contraire, les salaires restent fixes, et les prix baissent obligatoirement d’année en année, dans une mesure qui est censée correspondre à l’augmentation de la productivité.

Where does the Government get its money?  Certainly not on the [planche a billets? betting wicket??? race track??? stock market???],s 3 because since the monetary reform of 1948 there is no sign of inflation.  On the contrary, wages remain stable, and prices obligatorily decline year after year in a measure said to correspond to the increase in productivity.

Certes, il y a encore pénurie de la plupart des biens de consommation, et il s’ensuit qu’on voit des queues d’acheteurs à peu près partout.  Mais il faut du moins reconnaître que les économistes soviétiques ont résolu le problème de l’inflation 4 sans recourir au chômage.

Certainly, there are still shortages in most consumer goods, and it follows that line-ups of shoppers are seen almost everywhere.  But it must at least be recognized that Soviet economists have solved the problem of inflation 4 without resorting to unemployment.

Les finances

Finances

L’État se finance donc d’une part grâce aux emprunts publics (réduisant du même coup le pouvoir d’achat ), et principalement (c’est-à-dire pour les deux tiers du budget) grâce à la fameuse taxe sur le chiffre d’affaires (turnover tax).  C’est une sorte d’impôt indirect qui est perçu sur toute vente de biens quelconque. 5  Cet impôt est considérable sur les biens somptuaires (e.g. télévision), et peu élevé sur les objets de consommation courante.  Sur les sources d’énergie, par exemple le charbon, il n’est que de 2%.

The Government is therefore self-financed on the one hand thanks to public loans (which simultaneously reduce purchasing power) and mainly (i.e., for two-thirds of the budget) thanks to the famous “turnover tax”.  This is a kind of indirect tax collected on the sale of all kinds of goods. 5  This tax is considerable on luxury items (i.e., the television), and not too high on running consumer items.  On energy sources, coal for example, it is only 2%.

Quoi qu’il en soit, l’État n’éprouve aucune difficulté budgétaire, car depuis plusieurs années il annonce un surplus avec une satisfaction vraiment un peu naïve.  Car l’emploi de ce surplus reste un mystère, et signifie en somme que le citoyen soviétique consomme sans cesse moins qu’il ne produit.

At all events, the Government has no budgetary difficulties, because for a number of years it has announced a surplus with really a somewhat naive satisfaction.  Because the use of this surplus remains a mystery, and all in all it means that the Soviet citizen continuously consumes less than he produces.

Technologie politique

Political technology

Mais, à vrai dire, c’est une erreur en Union soviétique que de penser en terms d’économie politique.  On serait mieux venu de parler de technologie politique, car c’est le fameux “Plan” qui dispose de tout, et apparemment il est une réalité physique plutôt qu’économique.

But, to tell the truth, it is an error in the Soviet Union to think in terms of political economy.  It would be better to speak of political technology, since it is the famous “Plan” which takes care of everything, and apparently it is a physical rather than an economic reality.

Si, par exemple, les technocrates 7 décident qu’un barrage est nécessaire à tel endroit, on y conduit les matériaux et la main-d’oeuvre, sans se demander si l’entreprise sera rentable, ni même si ce nouvel investissement ajouté à tous les autres obligera le consommateur à se serrer cruellement la ceinture.

If, for example, the technocrats 7 decide that a dam is necessary in a certain place, the materials and the workmen are conveyed there, without wondering if the enterprise will yield a profit, nor even if this new investment added to all the others will oblige the consumer to cruelly tighten his belt.

De même si le plan a besoin de trois turbines, on les importera, même s’il faut donner en échange des produits qui représentent un coût social plus grand que l’utilité sociale apportée par les turbines.

Likewise, if the Plan needs three turbines, they will be imported even if it is necessary to trade products for them which would represent a social cost greater than the social utility brought by the turbines.

Et le reste est à l’avenant.  Le pays progresse formidablement, sans doute.  Mais il progresse exactement dans le sens voulu par les planificateurs, non par le citoyen.  Celui-ci est bien incapable d’indiquer ses préférences, puisque la demande pour les biens de consommation est toujours plus forte que l’offre.  Et même le Soviet Suprême ne discute jamais sérieusement quelle part de la production nationale doit servir à la consommation courante, et quelle part à l’investissement.  Ni à quel genre d’investissement.  C’est pourquoi on ne saura jamais si les Moscovites n’auraient pas préféré vivre moins serrés dans leurs mesures, plutôt que de se déplacer dans des métros invraisemblablement luxueux.

And the rest is in keeping.  The country undoubtedly is making formidable progress.  But it progresses exactly in the direction desired by the planners, not by the citizen.  Who is quite incapable of indicating his preferences, because the demand for consumer goods is always stronger than the offer.  And even the Supreme Soviet never seriously discusses which part of the national production must serve actual consumption, and which part investment.  Nor the type of investment.  This is why it will never be known whether Muscovites would have preferred less belt-tightening rather than getting around in truly luxurious subways.

De sorte qu’en Union soviétique comme en pays capitaliste, le citoyen demeure le cochon de payant.  Il s’en console en se laissant dire que toute l’économie soviétique est orientée vers le bien commun plutôt que vers le bien d’une classe.

So that in the Soviet Union as in capitalist countries, the citizen still pays through the nose.  He consoles himself by telling himself that the whole Soviet economy is oriented towards the common good rather than towards the good of a class.

C’est cela qu’on appelle démocratie économique dans les démocraties populaires.

That is what is called economic democracy in the people’s democracies.

DEMAIN :  La Conférence commence . . .

TOMORROW:  The Conference begins . . .

______

Translator’s Notes

1  “cochon de payant” is a controversial expression in the language forums, which I have scoured in vain.  It’s possibly Quebec French.  (“Cochon” is “pig” in French.  I once translated “cochon de payant” as “a pig who pays” because I was desperate.)  In the end I’ve come up with a new solution of my own:  “pays through the nose”.  Because I think that Trudeau is saying here that not only does the Soviet citizen pay (for his goods, for his mediocre lifestyle, for his government), but he pays too much, or at least he pays a very steep price in terms of roubles.

If we think of piggish behavior as excessive behavior, and we focus on the excessive character of it, then we could see how “cochon de payant ” (a paying pig) could mean paying excessively.  On the other hand, it’s an odd expression, because piggishness is one’s own greed.  Can one really attribute greed to someone from whom too great a price is extracted by someone else?  This is a mystery of the French mind.  Associating “excessiveness” with the idea of the pig is about as close as I can get.  Just to show the range of applications for the word “cochon“, here are a few excerpts from my Freelang desktop French-English dictionary:
 
cochon: pig; hog; swine;
cochon {m} d’Inde: guinea-pig;
cochon {m} de lait: suckling pig;
cochon {m} de terre: aardvark;
cochon(e) [adj]: naughty [adj‚ indecent] (ok, so maybe we’re getting somewhere: is overpaying piggishly “indecent”?;
cochon(ne) [adj]: filthy [adj‚ obscene], smutty [adj‚ obscene];
cochonne; littérature: dirty literature;
cochonnée: litter of piglets {n} [farrow];
cochonnerie {f}: junk {n} [inferior goods];
cochonnet: piglet;
 
Max and Monique Nemni, who like John English of the CIIA seem to be official biographers*, have another good translation for this hard phrase.  At page 267 of Trudeau Transformed:  The Shaping of a Statesman 1944-65, they translate “cochon de payant” as “foots the bill”.  However, I prefer my translation, because, given the context of his article, I believe Trudeau means the Soviet citizen not only pays, but pays too much, pays far too dearly, for his meager lifestyle.  I think “pays through the nose” captures this.
 
*  It should be noted they are “very friendly” biographers.  The Nemnis picked up Trudeau’s defunct pro-Soviet Cité Libre in xxxxx and began to publish a new generation of articles with such contributors as Sylvia Ostry, a former Trudeau functionary, a Vice President of pro-Communist Power Corporation of Canada (read the “secret committee” chapter in Lisee’s 1991 Eye of the Eagle) and a suspected Communist subversive listed by the RCMP (as reported by Toronto Sun’s  the late Peter Worthington in an unpublished draft article on the RCMP’s “Featherbed File” found in his archive in Ottawa).  The Nemnis in their French-language bio of Trudeau are soft on Communism, as noted in my article “Trudeau Biographers Ignore Known Red Agents in Canada’s External Affairs Department” in the federal government of Canada.

Moreover, they are protagonists in the planned final overthrow of Canada as derived from Trudeau’s 1982 coup d’état:  the Clarity Act.  For quite some time, the Nemnis coyly posted notice at the magazine’s domain name, that the politically oriented Cité Libre  which they had revived (allegedly for Canadian “unity”) was no longer needed thanks to the “Clarity act”.  So Cité Libre  and its web site citelibre.com were retired from service.  The Clarity Act was not designed for “Canadian Unity” but to force-dismantle Canada permanently into a Communist region of Moscow-style multicultural, international city-states in a world-state of Leninist regions.  (You’ll have to stay tuned to my general constitutional project for the legal facts on that one.  A good spot to watch is my Strayer site on the illegal “patriation”.)
 
2  “political technocracy“.  My WordWeb desktop dictionary says:

Noun:  technocracy  A form of government in which scientists and technical experts are in control.

“technocracy was described as that society in which those who govern justify themselves by appeal to technical experts who justify themselves by appeal to scientific forms of knowledge”

 
3  “planche à billets” …
 
4  It may be interesting here to read columnist Lubor Zink’s analysis of prime minister Pierre Elliott Trudeau’s own anti-inflation measures.  See Trudeaucracy  (1972); and in particular Viva Chairman Trudeau  (1977).  In addition, in a 1982 article, (“The Unpenetrated Problem of Pierre Trudeau” by Lubor J. Zink, 25 June 1982, National Review) Zink says:

“Anyone who has read Trudeau’s earlier writings and analysed them knows that a fundamental social change has been his goal all along.  Anyone who has followed closely his actions as head of an increasingly autocratic government also knows that he has been piecing together the social change he has in mind like a jigsaw puzzle, taking care to conceal the whole pattern from public gaze so as not to alarm people prematurely.

Even the anti-inflation program serves, as Mr. Trudeau now freely admits, as a device that buys time for the structural and institutional transformations the PM wants to complete.  It is, in fact, a revolution by stealth.”

Sophisticated observers and Trudeau’s biographers are not the only ones who were “confused”.  Speaking from a position of either constitutional ignorance, or some other motive for suppression of the facts, Mr. Zink has never bothered to ask whether Trudeau’s “constitutional” activities in the prime minister’s office were lawful.  Which I consider quite odd, given that Zink knows Trudeau is a Communist.

Zink somehow sees the 1982 so-called “patriation” as the intended culmination of Trudeau’s socialist redesign of Canada into a “a centrally planned state”.  However, ultimately, a Communist planned economy would eliminate the Westminster-model British-style Parliament and Legislatures of 1867, which constitutionally speaking are permanent and cannot be eliminated minus an overthrow.  An overthrow is a coup d’état, not a “constitutional amendment” or a “patriation”.

Indeed, a hired colleague of Trudeau’s who advised the latter’s Fabian regime for 20 years on “constitutional” issues (i.e., in the outcome he advised illegality), and who was a primary drafter of the 1982 “Charter”, admitted later that same year in a pair of Cronkite Lectures to a law faculty that the 1982 patriation had been illegal and a coup d’état.  See Barry Lee Strayer’s “The Patriation and Legitimacy of the Canadian Constitution” for some of the details.

Therefore, the point arises, how can the news media, including Mr. Zink, allege to “cover” constitutional events when from lack of constitutional knowledge they haven’t got the faintest idea of what is going on.
 
5  Canada acquired its own “turnover tax”, the GST (Goods and Services Tax) in xxxx under xxxx (pmo).  Quebec imposed an equivalent TPS in xxxx under xxxx (govt).  Therefore, we are apparently already set up to pay for our own upcoming self-financing Soviet system.  The means of its support being already in place, the intent is no doubt to keep them in place when (they hope) the country is dismantled.
 
6  WordWeb:

Noun:  technocrat:
1.  An expert who is a member of a highly skilled elite group;
2.  An advocate of technocracy.

 
Nota bene:  It should be noted that throughout all seven pieces of Trudeau’s from 1952 that I have translated, I have tried to stick to his words, short of transliteration, without embellishing; it is not my goal here to give a client a text to “sell” his product.  I simply want the reader to understand what Trudeau said in French.  In other words, I am not “working” for Mr. Trudeau.
 

PERMISSION:
Nota bene:  This French transcript and the exclusive English translation are by Kathleen Moore for the legal research purposes of Habeas Corpus Canada, The Official Legal Challenge to North American Union.  Document date:  29 September 2016.  Permission is given to use this document, with credit to its origin.  If you find this document useful or interesting, please support The Official Legal Challenge To North American Union:  PayPal:  hccda@protonmail.com
 

I’m Back From Moscow, Le Devoir  (1952) #3

SourceLe Devoir, June 17th, 1952.  Third article in a series by Pierre Elliott Trudeau on his return from the 1952 Moscow Economic Summit.

“Je reviens de
Moscou”

“I’m Back from Moscow”

Un peuple sympathique, mais conventionnel jusqu’à la nausea

A sympathetic people, but conventional to the point of nausea

Quelques mots d’explication — Pas de sons critique — “Une religion”:  la foi est aveugle — L’erreur des Occidentaux

A few words of explanation — No noises of criticism — “A religion”: faith is blind — The error of Westerners

par Pierre Elliott-Trudeau

by Pierre Elliott-Trudeau

— III —

— III —

J’ouvre ici une parenthèse de peur qu’on ne m’attribue le mérite douteux d’avoir emmerdé systématiquement les pions du camarade Beria.  L’existence même du Rideau de fer entoure tout voyageur qui le franchit d’une certaine atmosphère de conspiration dont il ne peut facilement se débarrasser.

I am starting here with a parenthesis out of fear that I will not be accorded the dubious merit of having systematically vexed the pawns of comrade Beria.  The very existence of the Iron Curtain surrounds any traveler who crosses it with a certain atmosphere of conspiracy which he cannot easily throw off.

Au départ pour l’U.R.S.S., on vous demande plaisamment si votre testament est fait. . À l’arrivée, certains délégués vous font sentir qu’“enfin on est entre camarades” dans un paradis terrestre.  Tandis qu’après une discussion d’autres regardent d’un air entendu qui signifie :&nbsp: “Vous pouvez compter sur moi si les choses tournent au pire.”

Upon departure for the U.S.S.R., you are pleasantly asked if you have made out your will.  On arrival, some of the delegates make you feel that “at last you are among comrades” in an earthly paradise.  Then again, after a discussion, others look on with an air of understanding which means “You can count on me if things turn for the worst.”

Aussi bien, j’étais résolu de me conduire et de parler en U.R.S.S. exactement comme je le ferais si la conférence avait eu lieu, par exemple, à Rykjavik ou à Bagdad.  De la sorte, sans pouvoir être taxé d’hostilité ou de complaisance, je découvrirais bien à quels freins on soumet les natures indépendantes.   Ainsi, si je pris tout naturellement Staline pour cible, c’est que j’avais aussi souvent Wilfrid Laurier, sur la colline du Parlement.   Et je refusai de suivre mon guide au Kremlin pour les mêmes raisons que dans les caves du Vatican.  Je profite de cette parenthèse pour ajouter que je n’écris rien maintenant pour le simple plaisir de louer ou de dénigrer.  Il s’agit avant tout de comprendre.

As well, I was determined to conduct myself and to speak in the U.S.S.R. exactly as I would do if the conference had taken place, for example, in Rykjavik or Baghdad.  This way, without being able to be accused of hostility or complacence, I would clearly discover the brakes to which independent natures are subjected.  Thus, if I quite naturally take Stalin for a target, this is because I have also often taken Wilfrid Laurier, on Parliament Hill.  And I refused to follow my guide at the Kremlin for the same reasons as in the cellars of the Vatican.  I avail myself of this digression to add that I am not writing anything now for the simple pleasure of lauding or denigrating.  It is a matter above all of understanding.

Au demeurant, je compte bien être classé comme réactionnaire par les petits camarades, et comme bolchevik par les néo-fascistes, tant il est vrai que toute liberté de pensée se meurt dans le parti pris de la guerre froide.

Moreover, I expected to be labeled a reactionary by the little comrades, and a Bolshevik by the neo-fascists, so true is it that all freedom of thought dies in the side-taking of the cold war.

Ceci dit, je reviens aux cas particuliers.  Avant pu séjourner en Urss une quinzaine après la conférence, je déménageai dans un hôtel plus central et plus modeste, et ne mangeai plus que dans les petits restaurants de quartier.   Dans les trains, les théâtres, les cafés, je découvris un peuple loquace et énergique quand il est jeune; sérieux, même guindé, quand il n’a point bû; stoïque quand il n’est pas heureux; tranquille quand le mot d’ordre n’est pas l’emballement; et en tout temps généreux, mais conventionnel jusqu’à la nausée.

That said, I return to particular cases.  Before being able to stay in the Ussr another two weeks after the conference, I moved into a more central and more modest hotel, and I ate only in little neighborhood restaurants.  On the trains, in theatres, in cafes, I discovered a talkative and energetic people when they are young; serious and even stuck-up when they have not been drinking; stoic when they are not happy; tranquil when the order of the day is not excitement; and at all times generous, but conventional to the point of nausea.

Les arts

The arts

Ils sont très doués pour certains arts. La choréographe est exquise et les danseurs absolument hors pair. Les chanteurs et les musiciens sont excellents. Par contre une architecture et une décoration cossues, une peinture plate, une sculpture terne, une mise en scène prétentieuse et bourgeoise.

They are quite gifted for certain arts.  The choreography is exquisite and the dancers absolutely unparalleled.  The singers and the musicians are excellent.  On the other hand, the architecture and design are (cossues), the painting dull, the sculpture drab, and performance pretentious and bourgeois.

Or, la foule exulte devant tout cela, sans le moindre sens critique.  Il est permit d’applaudir au théâtre et au cirque, alors on applaudit sans cesse:  le chanteur, pendant la phrase musicale; le décor pendant le dialogue; les entre-chats, durant les fouettes-tour; l’âne savant durant les sauts périlleux.   Y aurait-il si peu de façons de défouler? …

Now, the crowd presented with all of this jumps for joy, without the least critical sense.  It is permitted to applaud in the theatre and at the circus, therefore they applaud non-stop:  for the singer during the musical phrase; for the decor during the dialog; the high-jumps during the spins; for the talking donkey during the somersaults; could there be so few ways to “vent” ? …..

Après un opéra de Glinka, je louai le chanteur Mikhailov, et on vanta mon sens esthétique.  Mais mon malheur fut ensuite de critiquer le tableau où on conduisait un cheval en scène; je ne comprenais plus rien aux arts scéniques.  J’interroge les gens sur Dickens et Thackeray (of all people!) et tous trouvent qu’ils sont admirables, les plus anglais des écrivains.  Mais tous détestent Dostoïewski, et m’en donnent tous les mêmes raisons.  Hasard ou quoi?

After an opera by Glinka, I praised the singer Mikhailov, and my esthetic sense was acclaimed.  But my misfortune was to then criticize the scene where a horse had been led on-stage; I no longer understood the scenic arts.  I questioned people on Dickens and Thackeray (of all people!) and everyone thought them admirable, the most English of authors.  But everyone detested Dostoevski, and gave me all the same reasons.  Coincidence or what?

Qu’est-ce que l’autocritique?

What is
self-criticism?

Il est vrai qu’on fait grand état de “l’autocritique”.  Mais autant que j’ai pu voir, cela consiste à dire, à des périodes et à des endroits rigoureusement déterminés, que le service à la cantine est trop lent, que la salle des spectacles est mal balayée, et que le Plan n’exige pas assez du travailleur.  Mon étonnement devant l’unanimité, ma surprise devant l’absense totale de contradictions sur des points importants (doctrine, par exemple) faisait rire.  “Pourquoi critiquerions-nous?  Tout ici est orienté vers le bien commun.”  Et ils définissaient la liberté comme la faculté de choisir le bien, c’est-à-dire ce qui a été défini comme tel par les autorités.

It is true that a great deal is made of “self-criticism”.  But as far as I was able to see, that consisted in saying, at times and places rigorously determined, that the canteen service is too slow, that the exhibition hall is poorly swept, and that the Plan does not require enough from the workers.  My astonishment in the face of the unanimity, my surprise at the total absence of disagreement on important points (doctrine, for example) made them laugh.  “Why would we criticize ourselves?  All is oriented here to the common good.”  And they define liberty as the faculty to choose the good, i.e., that which has been defined as such by the authorities.

Cette rencontre de notions quasi thomistes 1 dans la capitale de l’athéisme ne cessait de me laisser songeur. On a souvent comparé le stalinisme à une religion, mais il fut vraiment aller en U.R.S.S. pour sentir à quel point leur foi est aveugle, leur espérance, tenace, leur charité, inqui- [ etoriante ]. Marx le prophète; le précurseur Lénine; et le Staline fait homme. 2

This encounter with quasi-Thomist 1 notions in the capitol of atheism kept me thinking. Stalinism has often been compared to a religion, but one must really visit the U.S.S.R. to feel the extent to which their faith is blind, their hope tenacious, their charity inqui- [ etoriante ]. Marx the prophet; Lenin the herald; and Stalin made Man 2.

Je ne l’écris point pour blasphémer, mais pour qu’on comprenne la force et l’irraison du mouvement qui anime les fidèles.  Le nombre de ceux-ci par rapport au tout resterait évidemment à déterminer, et ici surtout les généralisations seraient dangereuses:  j’ai à peine effleuré quelques grandes villes dans quatre républiques soviétiques, et le nombre de gens qu’on peut voir dans un mois est forcément limité.   Mais j’ose dire que le peuple parait content de sa prospérité relative.  D’ailleurs quand l’alternative est de croire ou de mourir, il n’est pas étonnant de trouver une majorité de fidèles, surtout chez un peuple réputé à la fois pour sa capacité d’encaisser les malheurs, et pour son extraordinaire complexe de supériorité.  En effet, depuis toujours les Russes entretiennent une admiration chauvine pour tout ce qui porte l’étampe maison:  ce fut le ressort du panslavisme, c’est maintenant celui du pansoviétisme.  Et leur ambition d’être forts ne regarde pas au prix qu’eux-mêmes ils paient.

I write not to blaspheme, but to understand the strength and the irrationality of the movement which animates the faithful.  The number of these, compared with the rest, obviously remains to be determined, and here above all generalizations would be dangerous:  I barely skimmed a few big cities in four Soviet republics, and the number of people one can meet in a month is necessarily limited.  But I dare to say that the people seem content with their relative prosperity.  Moreover when the alternatives are to believe or to die, it is unsurprising to find a majority of the faithful, above all amongst a people reputed both for their capacity to absorb misfortune, and for their extraordinary superiority complex.  Indeed, the Russians have always entertained a chauvinist admiration for anything which bears the house brand:  this was the mainspring of panslavism, it is now the mainspring of pansovietism.  And their ambition to be strong takes no account of the price, which they themselves pay.

Naïvetés

Naivety

C’est pourquoi les politiciens occidentaux me font rire quand ils dépeignent les Russes comme un peuple qui ne vit que dans l’espérance d’être libéré du joug stalinien.  Ils ne commettront pas ce péché contre l’esprit.  Au contraire, plus ils sentiront leur patrie menacée de l’extérieur, plus ils se rallieront autour de leurs dirigeants, et s’endureront dans leur monolithisme.  Ils l’ont prouvé au lendemain même de la Révolution, en repoussant héroïquement les interventionnistes occidentaux et polonais.  Ils l’ont prouvé encore contre les Nazis, au grand soulagement du monde civilisé.

This is why western politicians make me laugh when they paint the Russians as a people who live only in the hope of being liberated from the Stalinist yoke.  They would not commit this sin against the spirit.  On the contrary, the more they feel their country threatened from the outside, the more they will rally around their leaders, and will endure in their monolithism.  They proved it on the morrow of the Revolution, by heroically repulsing western and Polish interventionists.  They proved it again against the Nazis, to the great relief of the civilized world.

Par contre, qu’une longue paix rende inutiles les défensives “contre-révolutionnaires” des autorités staliniennes, et elles devront peut-être songer à en attenuer les rigueurs.

On the other hand, a long peace renders “counter-revolutionary” defensives of the Stalinist authorities useless, and they perhaps will have to think of attenuating the rigors.

Mais à quoi rêvent ces jeunes filles?  Le sait-on et le savent-elles?

But what do these young girls dream of?  Do we know and do they know?

MERCREDI:  Le citoyen soviétique demeure un “cochon de payant”.

WEDNESDAY:  The Soviet citizen still “pays through the nose”.

 
______
 

Translator’s Notes

1  I believe that Trudeau here is referring to Saint Thomas Aquinas (I remember him from Liberal Arts 40 years ago), who, according to my WordWeb laptop dictionary, was a:

(Roman Catholic Church) Italian theologian and Doctor of the Church who is remembered for his attempt to reconcile faith and reason in a comprehensive theology; presented philosophical proofs of the existence of God (1225-1274)

Apparently, Communist Trudeau was having difficulty reconciling totalitarian faith in the USSR with his own idea of reason.
 
2  A no doubt ironic reference to the [WordWeb] “Christian doctrine of the union of God and man in the person of Jesus Christ”.
 
______
 

PERMISSION:
Nota bene:  This French transcript and the exclusive English translation are by Kathleen Moore for the legal research purposes of Habeas Corpus Canada, The Official Legal Challenge to North American Union.  Document date:  6 October 2016.  Permission is given to use this document, with credit to its origin.  If you find this document useful or interesting, please support The Official Legal Challenge To North American Union:  PayPal:  hccda@protonmail.com
 

I’m Back From Moscow, Le Devoir  (1952) #1

SourceLe Devoir, June 14th, 1952.  “L’Auberge de la grande U.R.S.S.“.  First article in a series by Pierre Elliott Trudeau on his return from the 1952 Moscow Economic Summit.

Foreword:

Red Mole Pierre Elliott TrudeauIn his March 1968 report appended to an issue of Ron Gostick’s The Canadian Intelligence Service, former RCMP undercover agent Patrick Walsh exposes Pierre Elliott Trudeau a few weeks before Trudeau’s first election as prime minister of Canada.  This report resulted in press coverage and TV interviews for Walsh and Gostick at the time.

Concerning Trudeau’s red activities in the 1950s, Walsh notes in particular:

“… as Mr. Trudeau approaches the age of 30, we find him playing an ever more prominent role in the international revolutionary move­ment.  We note his presence in China in 1950 when the Reds were taking over.  We note, too, his launching of the leftist publi­cation CITE LIBRE  in Montreal in 1951, with the collaboration of Gérard Pelletier, another leftist who was to join the Liberal Party with him in 1965.  CITE LIBRE  became the vehicle for a continuous stream of ‘reform’ writers, including such well known Reds as Prof. Raymond Boyer, the Soviet spy; Stanley B. Ryerson, leading theoretician of the Communist Party and editor of Marxist Review; Pierre Gelinas, Quebec director of Agita­tion and Propaganda of the Communist Party.

“In 1952 we find Mr. Trudeau heading a delegation of ‘businessmen’ — who turned out to be Communists! — to the Moscow Economic Conference.  This outraged even the French-lan­guage daily press to the point that Le Droit  (Ottawa) and L’Action Catholique  (Quebec City) called him a Communist for his pro-Soviet articles upon his return.  And the fol­lowing year, 1953, we find him barred from the United States, presumably for his left­ist activities.”

 

As far as I know, mine is the first English translation of Trudeau’s articles in Le Devoir  on his return from the Moscow Summit.  Feel free to suggest any corrections.

“Je reviens de
Moscou”

“I’m Back from Moscow”

L’auberge de la grande U.R.S.S.

The auberge of the great U.S.S.R.

par Pierre Elliott-Trudeau

by Pierre Elliott-Trudeau

– Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course / Des rimes.  Mon auberge était à la Grande Ourse.  (Rimbaud) *

– Little Tom Thumb dreamer, I husked rhymes / Along my route.  My Auberge was the Great Bear. (Rimbaud) **

Pour beaucoup de gens, l’Union Soviétique c’est l’enfer, et l’on ne saurait y mettre pied sans faire un pacte avec le diable.  Ce préjugement a empêché beaucoup d’économistes et d’hommes d’affaires de se rendre à la Rencontre économique internationale de Moscou.

For many people, the Soviet Union is Hell, and one could never set foot there absent a pact with the devil.  This prejudgement has prevented many economists and businessmen from attending the international Economic Summit in Moscow.

Mais il me répugne doublement, comme avocat et comme économiste, de rejeter les pactes sans examen.  Pourquoi le cacher?  Si on me garantissait les sauf-conduits dont Dante apparemment a beneficié, j’irais volontiers en enfer chercher quelques statistiques relatives [sic] à la peine du dam.

However it is doubly repugnant to me, as a lawyer and as an economist, to reject pacts without examination.  Why hide it?  If I am guaranteed the safe conduct from which Dante apparently benefited, I would willingly go into Hell in search of a few statistics in connection with the penalty of damnation.

En fait, de quel pacte s’agissait-il?  A quoi s’engageait-on pour avoir le droit d’aller à Moscou discuter avec les plus eminents économistes, applaudir Lepechinskaia et Ulanova au Bolshoi, et bouffer le caviar à pleine cuillerée?

In fact, what pact was it?  To what did one commit oneself to have the right to go to Moscow to converse with the most eminent economists, to applaud Lepechinskaia and Ulanova at the Bolshoi, and to nosh caviar by the chock-spoonful?1

Une Rencontre
internationale

An International
Meeting

À la fin d’octobre dernier, se réunissait à Copenhague un Comité d’initiative internationale groupant des personnalités distinguées et d’opinions fort diverses.  Ce comité decida de convoquer pour le 3 avril 1952 une Rencontre économique internationale dans le but d’étudier:

At the end of last October, at Copenhagen, a Committee met (an international endeavour) comprised of a quite wide variety of distinguished notables.  This Committee decided to convene an international Economic Summit for April 3rd, 1952 with a view to studying:

Les possibilités d’améliorer les conditions de vie des peuples du monde, par la coopération pacifique des divers pays et des divers systèmes, et par le développement des échanges économiques entre tous les pays.

The feasibility of improving the living conditions of the peoples of the world, through peaceful cooperation of the various countries and the various sytems, and through development of economic exchanges amongst all countries.

Au nombre des principes qui devaient présider à l’organisation de la Rencontre, on spécifiait ce qui suit :

Among the principles having to govern the organization of the Summit, the following were specified:

La participation est ouverte à toute personne désireuse de promouvoir une coopération internationale pacifique dans le domaine économique, quelles que soient par ailleurs ses opinions économiques, politiques et sociales.  Les participants de chaque pays devraient constituer…  une représentation des différentes tendances…  La rencontre écartera toute discussion sur les mérites respectifs des différents systèmes économiques et sociaux…  Le nom (des personnes participantes) ne sera associé à aucune décision qu’elles n’auront pas expréssement approuvé.

Participation is open to anyone wishing to promote peaceful international cooperation in the economic sphere, whether it be by virtue of his or her economic, or political and social views.  Participants from each country should represent a variety of different currents …  The meeting will avoid all discussion of the repsective merits of the various economic and social systems …  Names (of participants) will not be linked to any decision which they will not have expressly approved.

L’Union soviétique s’engageant à donner des visas sans discrimination (ce que d’autres gouvernements ne voulaient pas promettre), il fut décidé de tenir la rencontre à Moscou.

The Soviet Union undertaking to issue visas without discrimination (which other governments did not wish to promise), it was decided to hold the Summit in Moscow.

Tel que proposé le pacte me parut acceptable; et je l’acceptai.  Dans quarante-neuf pays, près de cinq cents personnes, représentant les nuances d’opinion politique, l’acceptèrent aussi.  Ils appartenaient pour la plupart au domaine des finances ou des affaires; un petit nombre venait des milieux syndicaux et coopérateurs; et près de quatre-vingts étaient des économistes, dont plusieurs de réputation mondiale.

As proposed, the pact seemed acceptable to me, and I agreed to it.  In forty-nine countries, some five hundred people, representing the shades of political opinion2, also agreed to it. They belonged for the most part to the financial or business fields; a small number came from the trade union and cooperative milieux; and nearly eighty were economists, some of them world-renowned.

Or, tous ces gens n’étaient pas des suppots de Satan; il n’est pas inutile de le souligner.  Car certain gouvernement et certaine presse ont tendu à nous le faire croire, et leur opinion est devenue dogme dans tous les milieux politiques et financiers où s’étend leur hégémonie.  À ce propos, il faut reconnaître que le gouvernement du Canada n’a pris à ma connaissance aucune position officielle faisant ainsi preuve d’une indépendance d’esprit que tous le Canadiens n’ont pas eu la dignité d’imiter.  Je dois dire de plus que je ne me sens pas tout à fait damné aux yeux de mes compatriotes car les Canadiens français, pour antibolshevik qu’ils sont, entretiennent toujours une saine méfiance aà l’endroit de leurs bons voisins over the border:  et je pense qu’au pire on me prendra pour un flâneur qui, après avoir suivi sa bohème autour du monde, a succombé à la tentation d’un nouvel inconnu.

Now, all of these people were not the spawn of Satan; which it is not pointless to emphasize.  Because some governments and some of the press have attempted to have us believe it, and their opinion has become dogma in all political and financial circles under their hegemony.  In this respect, it should be recognized that the government of Canada to my knowledge took no official position,3 thus demonstrating an independence of mind that not all Canadians have dignified by imitating.  I must say moreover that I do not at all feel damned in the eyes of my compatriots because the French Canadians, antibolshevik as they are, always entertain a healthy mistrust of their good neighbors over the border:   and I think that at worst I will be taken for a wanderer who, having chased his Bohemia around the world, has succumbed to the temptation of a new unknown.

Mais je ne voudrais pas de cette absolution.  S’il y avait faute à entrer sur les terres ou trône le Père des Peuples, j’en suis solidairement coupable avec tous ces autres — conservateurs et socialistes, capitalistes et syndicalistes — qui se sont rendus à Moscou de bonne foi, à leurs frais, peu sollicités par le démon de la connaissance, et animés surtout par leur seul désir «de promouvoir une coopération internationale pacifique».

But I would not want this absolution.  If it was sinful to penetrate that soil where the Father of Peoples is enthroned, I am jointly guilty with all of these others  — conservatives and Socialists, capitalists and trade unionists  — who went to Moscow in good faith, at their own expense4, hardly wooed by the demon of knowledge, and above all motivated solely by their desire “to promote peaceful international cooperation”.

Problème de
conscience

A problem of
conscience

J’ai eu comme bien d’autres un problème de conscience à résoudre, et qui se posait à peu près comme suit.  Trop tôt après 1945 il devint apparent qu’il n’y avait plus que deux grandes puissances, basées sur deux systèmes fondamentalement incompatibles.  la formation de deux blocs s’ensuivit, et on nomma guerre froide les échanges de bons procédés de désagrégation.  Diverses tactiques plus ou moins honorables, plus ou moins habiles, furent essayées, puis survint l’offensive de la paix.

I, like many others, had a problem of conscience to resolve which presented itself more or less like this.  Too soon after 1945 it became apparent that there were only two superpowers, based on two fundamentally incompatible systems.  The formation of two blocs followed, and the name cold war was given to the exchange of fitting procedures of disaffiliation.  Various more or less honorable, more or less deft tactics were tried, then came the peace offensive.

Des million répondirent à l’appel de Stockholm et signèrent le manifeste antiguerre.  Des millions (et j’en étais) n’y virent que propagande, destinée à saper dans le bloc occidental la confiance des peuples en leurs gouvernements.  L’appel nous paraissait a sens unique; car nous savions que dix millions de voix canadiennes (par exemple) forceraient aisément le gouvernement du Canada a reduire ses préparatifs militaires; alors que cent cinquante millions de signatures soviétiques pourraient bien n’avoir aucun effet quelconque sur les décisions du Politbureau.

Millions responded to the Stockholm Appeal and signed the anti-war manifesto.  Millions (and I was one of them) saw in this mere propaganda, intended to undermine in the Western block the peoples’ confidence in their governments.  The appeal seemed to us one-sided; because we knew that ten million Canadian votes (for example) would easily force the government of Canada to reduce its military preparations; whereas a hundred and fifty million Soviet signatures could have no effect whatsoever on decisions of the Politbureau.5

Surgit alors l’idée de la Conférence économique.  Tactique encore, pouvait-on penser, par laquelle l’U.R.S.S. tentait de déterminer la politique des gouvernements adverses en misant sur la vénalité de leurs milieux d’affaires.  Car il était clair qu’à la Rencontre des agents soviétiques pour le commerce extérieur ne seraient que les instruments dociles d’un État monolithique; alors qu’au contraire les milieux commerciaux de l’Occident — s’ils y trouvaient leur avantage — exerceraient sur leurs gouvernements des pressions pour faire cesser la politique anti-soviétique de discrimination commerciale.

The idea then arose of the Economic Summit.  Another tactic, one might think, by which the U.S.S.R. was trying to determine the policy of adverse governments by betting on the venality of their business sectors.  Because it was clear that at the Summit, Soviet foreign trade agents would be nothing but the docile instruments of a monolithic State, while on the contrary, Western business milieux — if they found it to their advantage — would exert pressure on their governments to cease the anti-Soviet policy of trade discrimination.

Un risque légitime

A legitimate risk

L’objection étant de taille; mais à la différence de l’Appel de Stockholm, elle ne pouvait pas etre établie à priori.  Car on offrait ici un quid pro quo:  il s’afissait de voir quel il était.  La Rencontre se proposait d’augmenter les échanges commerciaux entre les nations, ce qui présupposait que chacune put y trouver son avantage.  Peu importe que les affaires fussent negociées entre individus privés et agences d’Etat, pourvu qu’elles fussent sérieuses et à l’avantage des deux parties.  Les affaires sont les affaires, et les démocraties capitalistes auraient mauvaise grâce de nier à leurs financiers d’explorer les avantages d’une offre commerciale.

The objection being proportionate; but unlike the Stockholm Appeal, it could not be established a priori.  Because there was an offer here of quid pro quo:   it was a matter of seeing what it was.  The Summit proposed to increase commercial trade among the nations, which presupposed that each one could derive an avantage.  It hardly matters that business was negotiated between private individuals and State agencies, provided that it was serious and to the benefit of both parties.  Business is Business, and it would be in poor grace if the capitalist democracies prohibited their financiers from exploring the advantages of a trade proposal.

On objecte alors que si l’U.R.S.S. était de bonne foi elle aurait pu s’adresser à la Commission économique de l’Europe, ou directement aux gouvernements occidentaux.  Mais il faut avouer que depuis cinq ans les discussions entre gouvernements n’ont guère entrainé le monde sur le chemin de la paix.

One then objects that if the U.S.S.R. was in good faith it ought to have addressed itself to the European Economic Commission, or directly to western governments.  But it must be admitted that for the past five years discussions between governments have hardly embarked the world on the road to peace.

Et puis, que risquions-nous?  Si la Rencontre était du truquage, nous pourrions tranquillement poursuivre la politique d’embargos.  Mais si, tout à coup, c’était sérieux, si, par peur ou par nécessité, ou par raison, les hommes du Politbureau voulaient vraiment développer le commerce multilatéral, devrions-nous refuser d’entendre leurs propositions?  Si notre blocus économique commencait véritablement à gêner les Soviétiques, si, en conséquence, ils se voyaient forcés à soulever un peu le rideau, devions-nous encore parler de reddition sans conditions et proclamer que plus rien n’importe sauf le blocus?  Était-ce la réaction ou la paix que nous voulions?  Et celle-ci avait-elle si peu de prix que nous devions rejeter sans examen le plus infime chance de la réaliser?

And so, what did we risk?  If the Summit was a trick, we could have quietly pursued the policy of embargoes.  But if all of a sudden it was serious, if, out of fear, or out of necessity, or out of logic, the men of the Politburo really wanted to develop multilateral trade, should we have refused to hear their proposals?  If our economic blockade had really begun to compromise the Soviets, if, in consequence, they felt forced to lift the curtain a bit, had we then to speak of unconditional surrender and proclaim that nothing matters any more except the blockade?  Was it the reaction or the peace that we wanted?  And was it at such a low price that we had to reject without examination the most negligible chance to bring it about?

Le citoyen moyen
n’est pas un imbécile

The average citizen
is not an imbecile

D’ailleurs, quelques centaines d’Occidentaux y auraient toujours gagné d’être allés jeter un coup d’oeil par derrière le rideau.  Si nous croyons encore à la démocratie, il faut avoir confiance que le citoyen moyen n’est pas un imbécile; qu’il ne sera pas complètement dupé du spectacle organisé pour son bénéfice; que c’est même son devoir de se former une opinion personnelle sur un pays quand même plus important que l’Andorre et le Liechtenstein, et qu’il n’est pas plus sot en affaires que les Soviétiques.  Nous pouvions même espérer que ces contacts entre hommes qui jusqu’alors se regardaient comme chiens de faience serviraient à amorcer pour l’avenir des rencontres sur une base plus humaine.  Le commerce reste la plus ancienne forme de collaboration internationale, et celle qui a forgé les liens d’interdependance les plus solides; aussi, la circulation des biens entre égaux vaut souvent mieux qu’ambassades et consulats.

Furthermore, several hundred Westerners would still have benefited from having gone to have a look behind the curtain. If we still believe in democracy, we must have confidence that the average citizen is not an imbecile, that he will not be completely fooled by the spectacle organized for his benefit; that it is even his duty to form a personal opinion on a country still larger than Andorra and Lichtenstein, and that he is no stupider in business than the Soviets.   We might even hope that these contacts among men who hitherto had stared at one another like earthenware dogs would serve to launch future meetings on a more human basis.   Trade remains the oldest form of international collaboration, and that which has forged the most solid bonds of interdependence; as well, the circulation of goods among equals is often worth more than embassies and consulates.

Mais pour profiter de cette chance au maximum, il eut été utile que des citoyens de première valeur vinssent à la Rencontre.  Tandis que — par la puissance du mot d’ordre américain — plusieurs délégations, telle la canadienne, n’étaient vraiment pas de première valeur.

But to glean the maximum benefit from this opportunity, it would have been useful had leading citizens come to the Summit.  Whereas — thanks to the power of the American war-cry — a number of delegations, such as the Canadian, were not really first-rate.

Faut-il y voir une nouvelle preuve d’une politique timorée et suiveuse?  Les Canadiens ont-ils failli encore une fois à exploiter les avantages d’une situation?  Ou ont ils fait preuve de réalisme en refusant de servir la propagande sovietique?  J’espère que les articles suivants fourniront les éléments d’une réponse.

Must this be seen as new evidence of a timid and conformist policy?  Have the Canadians once again failed to exploit the benefits of a situation?  Or have they been realistic in refusing to serve Soviet propaganda?  I hope that this series of articles will provide the elements of a reply.

LUNDI:  Premières rencontres.

MONDAY:  First encounters.

______
 

Translator’s Notes

1 Trudeau says the Moscow attendees noshed “caviar by the chock-spoonful”.  An interesting counterpoint to this 1952 assessment of conditions in the USSR is the 1956 short item in Vrai  (November 1955), “A Canadian Spy in Russia,” where René Lévesque affirms that the standard meal of the standard Russian under the Soviet regime is a big bowl of cabbage soup.  Said Lévesque, rather optimistically:

“Unhappy, miserable people?  No more than elsewhere.  The Russians seeming to eat rather well.  The equivalent of our “pea soup” might be this soup with boiled cabbages or beets which is served to you in very large bowls.”

 
2 Apparently, the “shades” most represented were pink to red.  According to Allan Stang in American Opinion (April 1971):

“Also in 1951, the Communist World Peace Council, and the Communist World Federation of Trade Unions, then run by V. V. Kuznetsov of Soviet Intelligence, began planning an international economic conference to be held the next year in Moscow.  […]  The conference was held in April, 1952.  Of the 471 delegates, 132 were from officially Communist countries.  Observers at the time estimated that 300 of the remaining 339 were known or suspected Party members — which left 39 or so for window dressing.”

 
3 Trudeau says the Canadian government took no “official” position on the Moscow economic summit.  According to American Opinion (April 1971) Allan Stang (American Opinion, April 1971):

“Indeed, so obvious was the nature of the forthcoming conference that in December, 1951, then-Canadian Justice Minister Stuart Garson warned all Cabinet Ministers that it was a Communist operation, and advised that government employees should not attend.”

As we can tell from his paean to the Summit in Le Devoir, Trudeau, who was then an employee of Canada’s Privy Council Office in Ottawa under prime minister Louis Saint-Laurent, ignored that directive.
 
4 Trudeau says attendees at the Economic Summit came at their own expense; however, Trudeau’s own expenses had been covered by the Communist Party of Canada.  Allan Stang:

“The report of that conference, printed in Moscow, is now very hard to get.  All copies in Canadian libraries have disappeared.  You see a part of that report reproduced on Page 3.  As you see, one of the delegates was Pierre-Elliott Trudeau.  Indeed, the fact that Trudeau’s name appears first means he headed the Communist delegation.”

“Marcus Leslie Hancock, one of the six delegates from Canada, says the Canadian delegation was organized by the Canadian Communist Party, which also paid the delegates’ bills.  Hancock, then a Communist, says that everyone else he knew in the delegation was also a Party member.

 
5 And yet, while Trudeau was detaining the prime minister’s office in Canada, and despite the conclusions of the “Royal Commission on Security” that “the main current security threats to Canada are posed by international communism and the communist powers”, Trudeau himself reduced Canada’s military preparedness.  One cartoonist (Donato, Toronto Sun ) portrayed this reduction as Pierre Elliott Trudeau standing proudly under the dangling cork of a pop-gun.  Source:  Lubor Zink, writing in Viva Chairman Pierre, 1977, Griffin Press Limited, Toronto, pp. 25 and 94.  (Available at AntiCommunist Archive.com)  Which will tell you that Trudeau knew what he was doing; he deliberately subjected Canada to Soviet armed supremacy, while himself gearing up with the Parti Québécois (set up in 1967-68 on orders of a “secret committee” of “Liberals” of which he was a part, at Power Corporation) to dismantle Canada for Communism.  See my exclusive English translation of the PQ’s 1972 manifesto for a Communist state of Quebec, free download in the sidebar (blue lightning).
 
* This is a very, very nice French play on words using a couplet out of Arthur Rimbaud’s Ma bohème.  By association, it transforms the “U.R.S.S.” of Trudeau’s title, “L’auberge de la grande U.R.S.S.” into a homonym for “bear” in French, and the Great Bear is a well known symbol of Russia.  Great Bear is also a name of the northern Big Dipper; while Russia is northerly.

Unlike NAFTA (ALENA in French), U.S.S.R. (U.R.S.S. in French) is not pronounced as an acronym.  However, U.R.S.S.  on its own, as used here by Trudeau, can indeed be pronounced as an acronym, resulting in “OURSE” (French for “Bear”).  So this is a lovely pun on the Soviet Union as a northerly constellation, the Great Bear; and by pulling in Rimbaud, Trudeau transforms the Great Bear of the Soviet Union into his own “auberge” during the Moscow Economic Summit.
 

** It has been years since I have thought about reading a poem, let alone writing or translating one.  But Trudeau’s little coup d’état  up there with the Rimbaud couplet made me look up the whole poem, and I’ve attempted an English translation:

Ma bohème

Arthur Rimbaud

 

Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot soudain devenait idéal ;
J’allais sous le ciel, Muse, et j’étais ton féal ;
Oh ! là là ! Que d’amours splendides j’ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.
Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des rimes.  Mon auberge était à la Grande-Ourse.
Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !

My Wanderlust

Arthur Rimbaud
Translation by Kathleen Moore (16-09-2016)
 
Off I went, fists in my sagging pockets;
My overcoat suddenly become ideal;
Off I went, beneath the sky, Muse, loyal to you;
Ooh, la! la!  I dreamed only of splendid loves!

My only pants had a large hole.
Little Tom Thumb dreamer, I husked rhymes
Along my route.  My Inn was the Big Dipper.
My stars in the sky softly rustled

And I listened to them, sitting on the wayside,
Those good September nights when I felt the dew
Drops on my brow, like a strong wine;

Where, rhyming in the midst of fabulous shadows,
I pulled the elastics of my wounded shoes like harps,
one foot next to my heart!

 

PERMISSION:
Nota bene:  This French transcript and the exclusive English translation are by Kathleen Moore for the legal research purposes of Habeas Corpus Canada, The Official Legal Challenge to North American Union.  Document date: 16 September 2016, based on a rough draft on 14 September 2016.  Permission is given to use this document, with credit to its origin.  If you find this document useful or interesting, please support The Official Legal Challenge To North American Union:nbsp; PayPal:  hccda@protonmail.com
 
P.S.  “Wanderlust”, my translation of Rimbaud’s “Ma bohème” is my copyright.